3/4 – A ROVIN GAMBLER NOT BORRED – USA trip 2019

Somewhere dawn Is breaking, Light is streaking

21 novembre 2019. Il est 4h du mat’ quand le réveil nous sort du lit. L’appel de la route et des litrons de mauvaise caféine d’autoroute. C’est tôt mais j’essaye d’être prévoyant face à la circulation très dense de New York et sa banlieue. Et j’ai bien fait. L’heure limite pour le retour de la voiture de location est fixée à 9H. La lumière du tableau de bord indique 4h32 quand nous quittons Providence, j’ai 1h30 d’avance par rapport à la durée indiquée par le GPS. Rouler la nuit sur des Highway interminables sans trop de circulation, à deviner les arbres et leurs contours longiformes. Confortable vision nocturne, le breuvage noir trop plein de sucre, le Dunkin Donnuts de 5h30 me rappelle que je n’ai vraiment plus l’habitude de consommer autant de saccharose. Et que les serveuses sont tristement courageuses à devoir gagner leur vie dans ce terrain vague des abords d’autoroute.

Laurette me parle et ça me maintient éveillé. Un œil sur la route, l’autre sur le cadran. Alors que le soleil se lève sur ma gauche, un flux important de véhicules débarquent de nul part. J’avais prévu d’avoir des embouteillages mais pas si tôt, nous sommes encore à 2h de route de mon point de chute. Je commence sérieusement à me demander si je vais pouvoir rendre la voiture à l’heure au fur et à mesure que le GPS nous indique la circulation en temps réel. C’est rouge dans tous les sens. Bordel. Comment font tous ces gens qui partent travailler en ville ? Comment accepter, tous les matins et tous les soirs de rester coincer dans sa bagnole et de jouer aux autos-tamponneuses avec la voiture d’en face ? Cela fait 10 ans que je vis dans un village montagnard et les seuls embouteillages sont liés aux intempéries ou aux quelques évènements sportifs. Je ne me sens pas du tout dans mon élément sur cette route bouchée avec une deadline à respecter si je ne veux pas me voir facturer une journée de location supplémentaire. Et vu le tarif de location, ce n’est pas anodin. Nous aurons ce matin là des embouteillages quasi continuellement. Philadelphie me paraît tellement loin, tout autant que Providence qui est à 170 miles derrière nous. Laurette me soutient et fait office d’une super co pilote, à rechercher la voie alternative ou la station service la plus accessible (je dois rendre la voiture avec le plein). Il fait grand beau et j’essaye de me détendre en regardant le ciel et en jetant un œil à Manhattan au loin. Une sacrée vue depuis le Bronx. Plus on s’approche de JFK et plus les ralentissements s’intensifient. Je décide de faire une croix sur le plein d’essence, tant pis pour la note je veux au moins rendre la voiture dans les temps. Nous trouvons l’agence de location 15 minutes avant 9h, parfait. Je demande au type qui m’ouvre la barrière s’il y a une station essence à proximité, n’en ayant pas trouvé sur mon GPS. Il m’indique la direction en m’expliquant que c’est à 5 minutes, selon lui j’ai le temps d’y aller et de revenir. Ouf, voilà la Chevrolet rendu avec le plein et à temps !

Je suis soulagé comme une fourmi dans un paquet de sucre en montant dans le Air Train qui doit nous emmener à Jamaica. Une autre fourmi dans la fourmilière urbaine. Cette voiture engendrait du stress dont je me serais bien passé et je me sens libre, libéré d’un poids. Nous devons rejoindre Manhattan et Penn Station où un Flixbus nous conduira à Philly. Du coup nous sommes larges sur notre timing puisque le car n’est qu’à 13h. Nous nous asseyons sur les marches au soleil face au mythique Madisson Square Garden où j’ai vu les Knicks jouer il y a 4 ans jour pour jour. En tant que fan de basket j’aurais pu réitérer l’expérience au vue du planning des matchs mais le prix du billet m’a fait renoncer. Les friendly ticket ça marche que pour Bobby. Le ciel bleu est incroyable et les buildings n’arrivent pas à nous cacher les rayons du soleil depuis nos marches sacrées. Je bois mon unique coca du voyage et fume une clope bien méritée. Nous décidons de tuer le temps en allant recharger les batteries et capter un peu de wifi dans une chaine de restauration rapide qui ressemble à toutes les chaines de restauration rapide, avec sa musique à fond, ses lumières aveuglantes et ses clodos qui cherchent un peu de chaleur et de sommeil. Un lieu à dormir debout. Je donne des nouvelles à ma petite famille et en prends à mon tour. J’aurais tout le temps d’explorer New York plus tard puisque j’y reviens demain. Le Flixbus est à l’heure et je demande au chauffeur s’il est possible d’être assis à côté de mon amie car les sièges sont numérotés. Il rit au moment de me dire que nous ne sommes que 7 dans le bus ! Une famille d’italien complète la cavalerie et je crois que le réseau Flixbus a du soucis à se faire au pays de l’oncle Sam ! Dans 2h nous serons à Philadelphie, ville inédite dont je n’ai jamais vraiment entendu parlé. Sauf Laurette qui la connait pour y avoir résider fréquemment et qui me la vend comme une chouette ville avec des musées et des peintures murales. We’ll see what it brings.

sailing to philadelphia

Pour l’heure je profite du trajet en autocar pour me reposer. En quittant New York je décide d’écouter le tout premier album de Dylan sobrement intitulé Bob Dylan, que je passe très rarement. La chanson Talkin’ New York me fait sourire et je prends plaisir à écouter l’intégralité de l’album tout en somnolant un peu. Quand j’ouvre de nouveau les yeux nous approchons de Camden, ville où a vécu le poète Whitman et également habitée à une époque par une certaine Patti Smith dont je relis le recommandable Just Kids avec beaucoup de plaisir depuis le début de mon voyage. Il est bientôt 15h quand nous traversons le fleuve Delaware séparant le New Jersey de la Pennsylvanie. La sieste dans le bus m’a fait du bien mais je suis légèrement décalqué en posant le pied sur Market Street. Déboussolé, je pars à la recherche de mon auberge de jeunesse qui se trouve être à quelques blocks d’où je me situe. Je laisse Laurette qui va de son côté, je la retrouverais tout à l’heure pour le concert auquel j’espère assister. No ticket in my pocket for tonight! Je longe les quelques musées (il semble y en avoir de toutes sortes), consacrés à l’indépendance. Je me réserve le droit d’en visiter un mais pour l’heure je suis davantage attiré par les bookstores qui bordent les ruelles anciennes. Première surprise en débarquant dans cette ville, on ne se croirait pas vraiment aux États-Unis ! Du moins, pas dans l’Amérique moderne, tout est plus ancien et n’attends qu’à divulguer ses secrets sur les conquistadors francs maçonniques qui s’affichent un peu partout . Je suis rapidement séduit par les troquets, les parcs et les différents bâtiments en brique rouges. Je file déposer mes affaires à l’auberge de jeunesse, sympathisant au passage avec mon voisin de dortoir, un grand black originaires de Phily qui me fait l’éloge de sa ville (à travers le film Rocky!) tout en déposant méticuleusement ses nombreux costards sur le petit lit. Je me sens en pleine forme, l’auberge est cool, le quartier aussi et je décide de prendre le temps d’une ballade avant de me rendre à la salle située plus au nord. Il me faudra prendre le métro et je demande au réceptionniste de me montrer comment m’y rendre. Le bookstore d’à côté m’attire. Les livres m’ont toujours attirés, mon appartement en est rempli. J’aime l’aspect d’un livre rangé dans une bibliothèque dérangée, son odeur, ses couleurs, ses auteurs silencieux…les histoires qu’ils renferment. Parfois je les imagine rien qu’à la quatrième de couverture.

Les chats endormis qui peuplent l’immense boutique n’ont pas mon audace pour les livres puisque je manque de les écraser tant ils se fondent merveilleusement bien dans le décor anéantie des lieux. Un air de jazz imaginaire s’échappe d’une petite pièce à l’étage. Portait magique de la Renaissance, chat anesthésié et vinyles dans des caissettes anciennes. Je prends le temps de farfouiller sans trouver la perle rare et au rythme de ma déambulation je tombe sur un rayon consacré à la musique. Les Chroniques de Dylan trônent en plusieurs exemplaires tout cornés et dans leur version originale. J’hésite quelques minutes puis renonce à cet achat dispensable. Les allées sont tellement étroites comparées à la hauteur des rayonnages. Je n’ai jamais vu une librairie dans cet état. C’est fantastique. Penaud, je décide tout de même d’acheter une carte postale vintage avant de quitter les lieux. En sortant dans la rue je me sens rempli d’une nouvelle énergie, plein d’espoir pour ce soir, je m’arrête devant une façade austère rehaussée des lettres « taverne ». L’endroit m’inspire et je décide de rentrer à l’intérieur pour boire une verre. Je suis accueilli par un panneau m’indiquant qu’il faut patienter ici en attendant qu’une serveuse vienne me placer. J’imaginais un pub vu de l’extérieur mais c’est en fait rempli de télévision retransmettant des matchs de sports US. Un peu déçu je fais grise mine quand la serveuse s’approche de moi avec un grand sourire style Miss America 76 mais je reste poli indiquant la place où je souhaite être placé. A l’écart face à la fenêtre qui donne sur la rue, beaucoup plus inspirant que le reste du troquet. Elle m’apporte illico le menu alors que je lui ai indiqué que je souhaitais juste boire un verre. Elle ne me demande aucun portrait d’elle et c’est dommage car j’ai une serviette en papier et mes crayons à dessiner. Par contre elle veut une pièce d’identité (des fois que ma barbe soit en plastique). Les hard boiled eggs ne sont pas au menu, aussi je préfère commander un whisky sur glace. Malgré mon avertissement d’européen habitué au whisky sec, je veux un glaçon dans mon verre. C’est peut être moi ou mon accent, toujours est-il que le whisky arrive avec l’iceberg qui a servie de maquette à faire couler le Titanic dans les studios Pixar. Echec. Je bois mon whisky et repart après m’être fait avoir avec le menu alléchant.

I knew nobody, Would look for me there

La nuit est tranquillement tombée sur Philadelphie, je marche rapidement sur Market Strret comme l’ombre de Richard Ashcroft avec comme symphonie le bootleg 8 de Sir Dylan. Le meilleur de tous ? Probablement. J’enchaîne le combo parfait Dreamin’ Of You, Marchin’ to the City (Oh My…) et le cradingue High Water version live. Je me sens bien, terriblement bien. Est ce l’alcool ou l’excitation de tenter ma chance au jeu du friendly ticket de ce soir ? Je suis hyper optimiste, même sans billet j’ai toujours réussi à voir Dylan. Ce sera ma 8ème tentative ce soir. J’emprunte le métro aussi crados que des chiottes publiques et en remontant à la surface je mets un moment avant de trouver la salle. Je ne m’attendais pas à ça. Le Met illuminé fait penser à un théâtre ghetto vu de loin, avec son enseigne old school. Je suis tout de suite sous le charme de ce lieu. On est loin des riches quartiers où Dylan a l’habitude de se produire. En m’approchant je constate tout de même que l’endroit a l’air assez huppé, récemment restauré, mais je me sens à ma place dehors sur le trottoir et avant de sortir mon panneau je vais checker le ticket office voir si la soirée est complète. Il reste quelques rares places en orchestre pour 140 dollars mais le vendeur m’indique que tout a été vendu. Ça ne va pas être si facile de dégoter le précieux sésame mais je garde mon optimisme.

life is a game…

Aussi vers 18h30 je commence à alpaguer les passants qui ne m’inspirent pas une grande confiance. La plupart sont vieux, peu disposés à m’adresser un sourire et encore moins à répondre à ma requête. Un agent de la sécurité de la salle s’arrête devant moi pour lire mon écriteau sur lequel il est noté : « Do You Want to Make me Happy ? I’m Looking for 1 friendly ticket ». L’espace d’un instant j’ai pensé qu’il allait me demander de m’écarter de l’entrée principale mais il n’en est rien, il est impressionné par ma démarche et me souhaite bonne chance ! Cool ! Quelques curieux viennent discuter avec moi, certains m’encouragent, d’autres me disent que ce n’est pas encore Thanksgiving et que je ne trouverais personne pour me donner un billet ! J’ai bien envie de leur clouer le bec à ceux là et ça redouble ma confiance. Cependant ce n’est pas gagné, il fait froid et les gens rentrent rapidement à l’intérieur en me regardant à peine. Je débite inlassablement ma requête à voix haute, toujours avec le sourire et en prenant le temps de m’adresser à chaque regard que j’arrive à accrocher. Un monsieur aux cheveux longs grisonnants, blue jean et veste en daim s’approche de moi me demandant combien de fois j’ai vu Dylan dans ma vie ? Je lui réponds 25. Aimablement il me dit qu’il a un billet en trop mais qu’il souhaiterait en faire profiter quelqu’un de jeune qui ne l’a jamais vu, ce que je conçois tout à fait et je l’encourage dans ce sens. Je continue mes recherches. Nous sommes plusieurs à rechercher un billet, dont Laurette. 19H20, je vais voir le monsieur au daim et lui dit en rigolant que je suis jeune après tout puisque je viens de fêter mes 30 ans et que ce voyage est mon cadeau d’anniversaire ! Il rit mais se détourne. 19H28, le même homme revient vers moi et me demande combien je peux dépenser pour ce billet, je lui redis que je ne cherche pas à acheter de billet mais que je serais ravi de lui offrir une bière une fois à l’intérieur. Une nouvelle fois il sourit en m’indiquant qu’il ne boit pas d’alcool et me tend le billet. Gagné ! Je verrais Bob ce soir à Philadelphie ! Je le remercie chaleureusement et souhaite voir où en est Laurette avant de gagner mon siège, le concert démarre dans 30 minutes. Je la retrouve en train de vendre ses peintures et toujours à la recherche d’un friendly ticket. Je décide de m’éloigner un peu et de continuer à chercher un billet pour elle cette fois. A peine 10 minutes plus tard elle m’interpelle, je la vois discuter avec un jeune couple qui était passé plusieurs fois à côté de moi un peu plus tôt. L’homme lui tend 2 billets et Laurette m’en tend un avec un grand sourire. 2 billets pour nous et côte à côté ! C’est inespéré ! Nous remercions Josh et sa compagne qui a froid dehors et nous donne rendez vous à l’intérieur dans quelques minutes. Nous voilà avec 3 billets à présent et je laisse le ticket que j’ai récolté un peu plus tôt à Laurette pour qu’elle en fasse profiter quelqu’un. Moi je rentre à l’intérieur, ça se fête une telle pêche ! En regardant le billet que m’a donné Josh je vois que nous sommes au rang A du upper balcony, je m’attends à être relativement éloigné mais en réalité nous surplombons le théâtre avec une vue panoramique absolument incroyable. En toute honnêteté, j’ai rarement été aussi bien placé à un concert de Dylan, c’est même incomparable avec une place en orchestre. Au moment de m’asseoir je suis subjugué par la beauté du lieu fraichement refait tout en ayant conservé un charme fou. Ici pas de fioritures ni de dorures, c’est sobre, classe et habité par tout ceux qui ont joués sur cette scène. Je propose à Josh et sa compagne une bière mais ils n’en veulent pas, je suis le seul à poser mon gobelet sur le rebord face à moi. Grand luxe ! Je suis refait. A peine avons nous le temps d’échanger quelques mots que le concert démarre, on time.

Je suis excité de l’intérieur mais reste calme en apparence. Ce n’est pas le cas du public placé en orchestre qui à peine Dylan lancé sur scène pour Things Have Changed va se mettre debout durant toute la chanson. Dès les premières minutes de ce concert il se passe quelque chose d’unique, qui ne peut venir que du public. Brassage de bonnes ondes. Dylan capte tout ça et le voilà lancé dans ce qui sera le meilleur des mes 5 concerts américains. Things Have Changed est débité avec davantage de précision à la guitare, le ton et la voix de Dylan sublimant l’ensemble et les cris de l’audience ponctuent la fin des premiers couplets. Je suis à fond dedans, mon voisin également, tout comme l’ensemble de la salle ovationnant Bob à la fin du premier morceaux. Déjà. It Ain’t Me Babe sera appliquée, un tantinet nostalgique dans l’interprétation avec Bob offrant une jolie partie instrumentale au piano quand Donnie s’applique à faire rayonner chaque note de son instrument.

Le Graal Highway 61 pourrait survenir à n’importe quel moment du set tant la performance est spectaculairement exécutée. Dylan la place en 3ème position. C’est tôt. Jamais trop tôt pour faire de la fosse assise une fosse debout, les balcons sont remplient de crieurs, je suis plein centre face à Bobby, sur un piédestal à boire de la bière européenne dans une ville inédite, inconnue, lointaine, et plutôt cool. « La route c’est la Vie » écrivait Kerouac. Je suis dessus en ce moment même, ou plutôt en lévitation sur cet asphalte qui n’a pas l’odeur suspecte des moteurs à essence. Mon siège auto est en velour et mes roues sont en coton. Je me laisse guider par cette caravane sans fin, par cet homme fou, ce troubadour intemporel. Un chauffeur bourré de caféine et de médicaments. Toutes ces petites pilules…La route 61 n’est pas représentée physiquement où je suis mais j’ai l’impression d’y être. Un pied dans le mythe, l’autre est vagabond. Et mon corps de bouger pendant ce rock shot encore acclamé un peu plus ce soir là.

Je capte chaque instant, chaque détail de ce concert qui se déroule vite. Une nouvelle fois je me fais la remarque du set parfait. L’enchainement et le style musical ne me font pas regretter mes 8000km. J’assiste une nouvelle fois à un concert différent de Bob Dylan, même en le comparant à ceux de cette année 2019, au Grand Rex. Certes l’arrivée des 2 nouveaux musiciens n’est pas anodine. Oui Dylan est vieux…si vieux et toujours debout à chanter. Jamais trop vieux, Forever Young. On peut lui pardonner bien des choses, comme l’absence de set remanié d’un soir à l’autre. J’ai longtemps espéré des surprises, des sauts d’humeur, des nuits suédoises à la Billy tequilla paf et orgue en furie. Durant chaque tournée, je suis toujours fidèle à ma visite quotidienne sur boblinks.com pour checker le set ou les différentes reviews, en espérant à chaque fois une nouvelle étincelle. Mais le set reste le même, ou presque. C’est dommage quand on pense à toutes les merveilles qu’il pourrait nous offrir dans son groove actuel.

Malgré tout il a su garder son talent pour l’improvisation et une chanson n’est jamais pareil . Il le prouvera une nouvelle fois ce soir là à Philly avec l’intro au piano solo sur Masterpiece, qui se terminera en fanfare center stage à plier les jambes pendant que la main laisse glisser le micro entre les doigts cabossés et bagués. When I Paint My Masterpiece, ou la rage tranquille d’un songwriter qui aurait pu composer mille vies différentes. La chanson d’un tableau idéal, disparu dans les archives de Dylan, ressuscitée l’an dernier en Asie. Et putain ce qu’il la chante bien, ou plutôt, il la raconte très bien. Le rythme change dès le deuxième couplet et le Band se cale sur la basse du fidèle Garnier qui a les yeux rivés sur le piano toujours soutenue à merveille par Donnie. Someday everything gonna be beauuuuutiful. Et votre solo piano/harmonica aussi Mr Dylan. Je suis submergé par mon concert et l’harmonica arrive à me tirer les larmes. Puisqu’on est dans un concert marqué par les émotions fortes, je me dois de vous parler de Girl of North Country (mais pas de Not Dark Yet, No, no yet). Le violon me fait penser à un vieil air irlandais, ou comment Donnie pouvait à lui seul embellir les concerts des années 2000. Dylan aurait pu chanter cette chanson de bien des façons, il l’a toujours fait d’ailleurs. Une chanson si simple mais que l’on garde en tête tout au long de sa vie. Qui est cette femme glaciale du nord, sur la frontière balayée par les vents ? Dylan nous dit, je viens de là bas. Moi aussi j’ai des racines et je me souviens. Oui, il l’a chante avec le cœur. Oui c’est un moment intimiste qu’il nous offre en 3 minutes à peine. La chanson va vite, le piano et le violon ne font plus qu’un seul et même instrument. Je suis face à un enfant du midwest, un enfant amoureux. Je ne me lasserais jamais des vies et des reflets de Mister Dylan. Acclamation générale. Tout le monde debout.

A présent je pourrais vous parler de Not Dark Yet. Oui je pourrais mais je préfère attendre un peu. La sauce n’a fait que monter soir après soir au moment du 14ème morceaux. Bob en jouera 19 à Philadelphie, identique à hier, semblable à demain. Sur le papier du moins…être là ce soir c’est vivre l’inédit, l’inimaginable. Et ceux qui aiment réellement la musique savent de quoi je parle. L’écho de la salle me donne des frissons. Bob présentera de nouveau ses musiciens, c’est redevenu normal et je trouve ça cool de sa part. Gotta Serve Somebody brillera comme les lumières de Las Vegas, le milliardaire diabolique pousse le clodo angélique dans le caniveau. Le bien et le mal. Il faut servir quelqu’un à l’entendre. Lui connait son camps. Mais les autres…

Le Encore durera quelques secondes supplémentaires avant que Dylan et ses musiciens décident de remonter sur scène. L’intensité des applaudissements n’a pas faibli, je n’ai jamais entendu un tel chahut à un concert de Dylan. Peut être l’acoustique absolument parfaite de la salle ? Peut être l’endroit précis où je suis placé ? Peut être juste le public tout simplement, en feu. Dylan l’aura été ce soir. Encore. Et mon 3ème concert de s’achever sur ce longiforme bonhomme, ce Mr Jones qui ne voit pas que quelque chose se passe. La fosse reste debout toute la fin du concert. Les dernières minutes sont magnétiques sur It Take a Lot to Laugh, It Take a Train to Cry. Bob reprendra son train en marche, à travers plaine, ou plutôt, à travers ville puisque je le retrouverais demain dans la fameuse New York City. Je le suivrais. Lentement sur mes rails malicieuses. Je pointerais le bout de mon nez pour voir s’il mourra vraiment du haut de sa colline. Mais je ne verrais rien. La lune éblouira mon visage et je n’aurais d’yeux que pour les branches des arbres défeuillés. Je me rappellerais ces soirées enfumées, à tracer ma route dans la neige de chez moi. Ouai, j’avance avec lenteur. J’ai le blues bleuté des grands soirs. Il a les mains gantés, ne veut pas laisser de trace. L’hiver aura raison du printemps, les fenêtres resteront givrées et ce sera beau. Alors écris nous le texte pour demain Bob. Joue moi en encore un peu, de cette musique qui fait dérailler le train train quotidien.

A suivre…

4 commentaires sur “3/4 – A ROVIN GAMBLER NOT BORRED – USA trip 2019

  1. Quel beau texte l’ami ! Pour le moment, la plus belle de tes narrations de ton Trip USA 2019 ! Quel plaisir de te lire, quelle jalousie de ne pas y être. Je ne crois pas que j’aurai l’occasion de vivre ça ! Merci l’ami !

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  2. Merci Sardequin pour ce sympathique retour ! c’est un réel plaisir d’écrire ces chroniques pour le souvenir et pour le partager avec vous tous. Cette journée du 21 novembre 2019 restera gravée dans ma mémoire tant j’ai pris mon pied.

    La suite sera plus longue à écrire avec mon long weekend new yorkais et 2 concerts au Beacon.

    Belle fin d’année à toi et rendez vous pour la suite en 2020 ! 😉

    gengis_khan

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  3. Le meilleur concert alors ? En tous cas, le meilleur compte rendu pour l’instant, chapeau à toi pour une rédaction captivante qui retranscrit toujours aussi bien la Mystique de ces concerts 2019. Highway et Thin Man dans des versions tonitruantes ! Ce public ricain est surprenant, parfois si fermé et individualiste, là il s’est visiblement passé quelque chose d’unique à Philly. Tu fais durer le suspens pour Dark Yet, et j’ai hâte de lire ton ressenti sur ce titre qui est le chef d’oeuvre du set actuel… Vive la côte Est et ses disquaires de la cinquième dimension !!! (Revenu de NY, je me suis perdu dans l’une des adresses mythiques du Village, non loin de Jones Street, le quartier de… Freewheelin’!) Roll On, Ben !! Mon cousin Tom Paine passe le bonjour 😂!!

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    1. salut vieux dean. j’ai vu tes péripéties américaines et je t’envie ! quel voyage !
      Pour ce qui est de Not Dark Yet vous aurez mon ressenti dans la prochaine et dernière chronique de ce road trip 2019… tout ce que je peux affirmer c’est que, en effet, c’est totalement fou comme version.
      A bientôt et merci pour ton retour

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