Travelling’ Thru (the North Country Fair) and Back Again ! (par Tom Paine)

Travelin’ Thru (the North Country Fair) and Back Again !

Un Etat à traverser, pour une quinzaine d’heures de route au milieu de champs à perte de vue, en passant par Tomah, St Clair, et Madison, les étapes traditionnelles d’un parcours en Greyhound, et me voici de retour de mon troisième et ultime concert de Bob Dylan pour cette année, mon premier sur sa terre natale. 

Milwaukee.

La grande ville du Wisconsin, posée comme un immense damier au bord du Michigan (qu’elle partage avec Chicago, sans avoir évidemment le même attrait touristique). C’est un monstre au manteau de poussière et de brume qui m’accueille ce jour là. J’y ai trouvé un charme comparable à celui des anciennes villes industrielles de l’Europe, l’immigration irlandaise et italienne ayant été très importante au cours des décennies qui ont marqué son industrialisation. Dans les musées, l’histoire maritime se taille la part du lion, tant les récits autour des marins qui ont parcouru le Michigan sont nombreux, au moins jusqu’aux années 20. 

1927

C’est la date de fondation du Eagles Ballroom, salle mythique du Midwest où un certain Buddy Holly paya sans le vouloir une de ses dernières tournées il y a exactement soixante ans. Et ce soir, l’écrin dans lequel notre vieille chouette favorite se produit. J’entre dans les lieux sous une pluie battante qui me gifle le visage – but it’s alright ma’, it’s life and life only. La salle, totalement circulaire, est presque entièrement occupée par le carré or. Dans les coins subsistent quelques mètres carrés transformés pour l’occasion en fosse debout, je m’installe donc au premier rang… à 20 mètres de la scène ! Ca fera l’affaire. Partout, des chiens de garde mettent en oeuvre l’habituelle politique de tolérance zéro en matière de captation d’images du concert – décision de Dylan que je commence à trouver absolument ridicule, tant cela frise la paranoïa aigüe par moments. Passons, je discute un peu avec mon sympathique voisin, venu de Pittsburgh pour l’occasion. L’ambiance est chaleureuse et le public de la GA semble même étudiant, bon point pour toute la soirée. 

On stage

A 19h58, Old’ Bob, né Robert Allen Zimmerman (comme vous le rappellera le JDD à chaque date française) investit la scène, et pousse immédiatement votre chroniqueur en proie à un déchirement interne car 1) il apparaît – comme prévu – Telecaster en bandoulière 2) il livre – de manière inattendue – l’unes des pires versions possibles de Things Have Changed. 5 minutes d’une performance vocale inarticulée et sans engagement, qui me laissent abasourdi, surtout après les écoutes des premiers boots de la tournée (cadeau empoisonné). Preuve s’il en est, que l’artiste surprend, même dans la calamité. 
Fort heureusement, la barre est rehaussée dès Highway 61, catapulté par la force de frappe de Matt Chamberlain, traits tendus comme un homme au bord du précipice (ou un stagiaire au début de sa période d’essai). Bob, plus à l’aise au piano, en livra une version d’anthologie, dont chaque couplet fut acclamé par la fosse. Après cela, ce fut l’incessant va et vient, morceaux ronronnant paresseusement au creux d’une première moitié de set immuable et inefficace d’un côté (délivrez nous de l’interminable Honest With Me et de ce Pay In Blood qui ne ressemble plus à rien depuis 2 ans) et véritables pépites de l’autre : Can’t Wait, encore meilleur qu’à Hyde Park, tout en rage contenue, le Zim au centre de la scène, en costume blanc au milieu de ses zicos sapés en noir, m’évoque (encore) une photo célèbre de Buddy Holly au milieu de ses Crickets. Charlie et le nouveau Bob charbonnent à tous les étages. Donnie est impeccable mais peine à se faire une place dans le mix quand il n’est pas au violon.

J’observe aux jumelles chaque ride du visage de Bob sur Paint My Masterpiece, dont l’instrumentation est hélas devenue soporifique. Les passages center stages sont tous réussis, et étranges, la gestuelle est encore plus raide que par le passé (stress ? Respire un coup Bob, Buddy te regarde!). Même si elle n’est pas toujours appréciée chez les fans, Make You Feel My Love est pour moi une réussite systématique et ce soir, l’un des plus beaux moments du concerts, une version mélodique, chargée d’humanité, et transcendée par plusieurs solos d’harmonica que le Bob livre encore une fois au centre, penché sur son Hohner comme s’il s’agrippait à sa muse (vous savez, celle de Narrow Way, qui a des gros seins). Le public ne s’y trompe pas et ovationne le titre. A trois reprises. Au milieu, Bob (l’autre), joue la mélodie de Time Out Of Mind en guise de solo, et ça fonctionne plutôt bien (ça me fait même penser à la période Street Legal et au solo pourri de Senor). Petit à petit, c’est l’équilibre : force perdue (Pay In Blood) est retrouvée ailleurs (Heaven se réapproprie une majesté grâce au violon). Reste le meilleur moment à vous conter : habituellement blasé de Early Roman Kings, je prend une leçon de groove poisseux sur la version donnée ce soir. Britt et Herron dans une symphonie de guitare slide. Dans ce genre de moments, on pardonne tout à l’univers, la pluie, les impôts, François Fillon. Chaque vers fut livré avec une hargne rarement observée, façon vétéran du blues, Muddy Waters dans un club de Chicago en 1955, et la foule qui le galvanise. Le Zim lui même se se comportant comme si il voulait se challenger, s’approchant dangereusement du bord de scène, écarte les jambes (arthrose terrassée ?), dévisage un des rares types debout du carré or et lâche le désormais culte « I ain’t dead yet/my bell still rings » ovationné par la totalité de la salle.

A ce moment là une grosse pensée pour Gengis, qui je le sais adore ce passage. Jamais vous ne verrez une scène pareille en France ! Derrière, Girl From The North Country a sonné comme une comptine pour enfants (!). Enfin, Lenny et Not Dark Yet, les deux vraies nouveautés du show. La première est une réussite, même si je n’ai pas vraiment eu l’impression que le public connaissait le titre. La seconde m’avait laissé dubitatif sur boot, avant de me convaincre davantage par la suite. Sur scène, force est d’admettre que cela fonctionne terriblement bien : ce vieil homme semble tenir l’infini au creux de sa main en chantant cela face à vous. D’un autre côté, la notion d’espoir qui irradiait de la mélodie originale semble d’un coup happée par le vide, balayée par cet arrangement, résolument sépulcral : « Don’t even hear, the murmur of a prayer » est balancé dans un silence de glace. Ce n’est plus 98 et ce n’est même plus 2011. La fin du show est classique mais plutôt fun et beaucoup mieux réussie que son début : ce soir, malgré tous ses efforts, Tony n’arrive pas à faire arrêter Thunder On The Mountain, ce qui donne lieu à 4 mesures de plus et un solo improvisé par Bob Britt. Je me marre tellement c’est bon. Ce soir aussi, Serve Somebody est ironiquement marqué par la sortie anticipée de plusieurs récalcitrants au cellphone ban (you may be a jealous husband, some sweet mother’s son), et Ballad of A Thin Man signe son retour tonitruant en rappel, dans une version de qualité, dotée de nouvelles paroles sur le pont (quelque chose à propos de dinner invitation). Je reste persuadé qu’un Long & Wasted Years serait parfait à la place de Train To Cry, mais les choses étant ce qu’elles sont, ce sera wintertime is coming… 

Et en sortant de la salle, on s’aperçoit que c’est plutôt High Water Risin’, des gus courant s’abriter dans tous les sens, je crois que même personne n’a essayé d’approcher le bus de Bob, stationné juste à côté de l’entrée du Ballroom. Je regagne un motel pas terrible et surchauffé après avoir craqué pour une affiche à 20$. 

Doute

22h. Mitigé, à la recherche d’un sens caché derrière les imperfections de ce concert. Quoi ? Bob n’est qu’un humain ?

Minuit : toujours pas trouvé de sens caché. En proie au doute et à la frustration naturelle ressentie par toute personne qui s’apprête à passer la nuit sur le carrelage d’une salle de bain (longue histoire, le motel n’était vraiment pas terrible), je manque d’inspiration pour le compte rendu promis au forum Shelter. Alors que Standing In The Doorway tourne dans la piaule, je me demande ce que Buddy Holly aurait pensé du concert.

Et vous savez ce qu’il aurait dit ? 

It’s all good

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