L’union sacrée n’a pas eu lieu

TOM PAINE NOUS RACONTE…

Bon, l’Union Sacrée n’a pas eu lieu… 
Pourtant, je l’avoue, jusqu’au bout (Train To Cry), j’y ai cru : le mythe des héros enfin rassemblés qui nous monte à la tête, Bob & Neil, Neil & Bob, « parce que c’était lui, parce que c’était moi » etc.  

Laughing

En vérité, mesdames et messieurs, même à 160 ou 500 balles la place, ces deux-là font absolument ce qu’ils veulent. La preuve, le festival a lieu, sans la banque sponsor habituelle, congédiée par Neil en novembre dernier pour divergences écologiques. À la place d’une grand messe commune, deux tableaux de maîtres, deux visions esthétiquement très différentes pour 4h d’une musique épique, essentielle. Incapable de dire qui a mis la fessée à l’autre, incapable de dire si Bob a vidé le Park ou non, dans cette marée humaine, émanation chic des sixties hippies.

Neil, Rebel-Farmer supersonique.
Bob, Sphinx au Borsalino et au sourire de vieille cinglée.

Neil entame face à un soleil déclinant qui osait encore le toiser à 18h. La riposte ne se fait pas attendre : ouragan sonique de force 4, de quoi donner mal au crâne aux types de la City. Il se marre. Sempiternelle chemise à carreaux, toujours un peu bedonnant, lunettes de soleil, look de rocker ultime, Old Black en bandoulière, ce sera Mansion On the Hill, puis un festival de riffs sur le quart d’heure d’intro. Retenir : Everybody Knows This Is Nowhere, visionnaire. Puis la set-list best of : les tempos signatures, ceux gravés sur Harvest (4 titres ce soir, on ne va pas s’en plaindre) : Alabama, Words, éternel Heart of Gold, qui renverse inévitablement le Park dans sa légendaire version semi acoustique. 
Il n’oublie pas non plus On The Beach et le groove de Walk On. Derrière, Promise of The Real, toujours, groupe de gamins qui le suit comme son ombre, des arrangements beaux à pleurer : depuis quand n’avait-on pas eu droit à pareille version de Old Man ? Depuis les Stray Gators peut être ?

Une fois n’est pas coutume, le compteur explose : on avait dit 1h45, ce sera 2h pleines et après Rockin’ In The Free World (qui dure une vie), un rappel gargantuesque et une version marquante de Like A Hurricane, façon épopée sous nappes d’orgue et distorsion à outrance : à la mesure de l’événement. Le glorieux Roll Another Number est malheureusement abrégé au bout de quelques secondes, dommage. A la place, Piece of Crap achève les quelques tympans qu’il nous restait sous la chaleur estivale londonienne, et le Loner salue le soleil alors que des nuages d’odeur de chanvre montent aux cieux : n’allez pas chercher plus loin le cinquantenaire de Woodstock : le Rêve vit toujours à Hyde Park et il coute une blinde  !

Dernière demi heure de transition sous un soleil de plomb, celle où l’on se pose les questions dangereuses : le Zim face à 70 000 pèlerins, est-ce bien raisonnable ? N’est-il pas plus à sa place dans un Grand Rex ? Mon esprit vagabonde, et la fatigue aidant, je réalise à peine que le concert commence – comme depuis quelques mois – au son du Sacre : « C’est qui, avec le chapeau noir, là ? Charlie ? Oh merde, c’est Bob !!! »  
Premières secondes de Thin Man, et l’on frôle l’accident industriel : pendant plus d’une minute, le Band est inaudible, uniquement repiqué par les retours : j’ai peur pour eux. Puis, miracle, premier refrain, la PA redémarre juste à temps : « Do ya Mr Jones? » ouragan sonore, dans un rugissement collectif ! Le barde apparait titanesque sur ces inhabituels écrans qui permettent de scruter chaque ride de son visage. Chapeau noir, veston blanc, et cette aura. Je ne commenterai pas tout le concert, le contenu étant à peu de choses près similaire à ce qui a été joué à Paris ce printemps, néanmoins, deux mots suffisent à illustrer le propos : Can’t Wait. 

Un de ces moment clés inattendu : cette chanson, pourtant confidentielle, parvient à entraîner le Park comme aucune autre dans un jeu de connivence entre Bob center stage, et le public : il sourit, prend la pose, joue avec les silences… Catharsis, moment suspendu de quelques minutes. Mes jeunes voisins – au bon goût assuré – exultent alors que le barde nous jette crânement : « I’m your man !». Pas un titre ce soir n’a égalé le moment d’intensité livré par ce funk d’un genre martien. Crête dramatique d’un concert ciselé autour de quatre temps forts : les trois autres étant Like A Rolling Stone, Girl From The North Country, et Thunder. Sur la première, ce sont les ruptures qui excitent la foule au plus haut point, amenant même Bobby à lâcher un ahurissant « Maybe one more time ? I said ‘How Does It Feel’ » : Bob Dylan meets Hyde Park, rien que ça. Girl From The North, jouée avec facilité sur l’arrangement de Don’t Think Twice, fut concise et réjouissante. 
A noter aussi : le dernier couplet de Simple Twist, qui a encore changé. Tony et Charlie tout de noir vêtus, maîtres du groove, mercenaires qui écrivent la légende chaque soir : je retiendrai la banane de Garnier sur tout le concert – sur Highway 61, il se balance d’avant en arrière – , je retiendrai Love Sick, renversante, Blowin’ In The Wind beaucoup moins. Alors que le rappel touche à sa fin, le surmoi se fait à l’idée qu’il n’y aura décidément pas de duo ce soir. A la place, It Takes A Train en traditionnel au revoir bleuté sous une nuit étoilée : Bob prend la pose une dernière fois, offrande que l’on accepte, une dernière fois, avant de retrouver, déjà la réalité, songeur. Ce n’était pas parfait, c’était peut être juste un rêve, après tout…

But that’s good enough for now !

Tom Paine

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