4/4 – A ROVIN’ GAMBLER NOT BORED – GERMAN TRIP #2

You're beautiful! (1)

J’ai bien dormi. Comment pourrait-il en être autrement après une soirée comme hier? Je me suis repassé le film du concert encore et encore, repensé au salut final…et quel salut! quelle classe ! Un instant unique. Et nous sommes déjà le 23 avril 2018, je sais que ce jour marque la fin de mon Spring Tour 2018. Cependant, je ne suis pas nostalgique, j’ai assisté à de bons concerts alors ce soir, ce n’est que du bonus ! Et puis je n’ai pas à m’en faire pour le billet d’entrée, je l’ai déjà en poche…enfin pas tout à fait. Certes j’en ai un pour moi mais j’aimerais aussi en trouver un pour Laurette même si je sais que la tâche s’annonce difficile: la venue est un théâtre de 2200 places, toutes vendues depuis très longtemps et à des prix inimaginables. Mais j’essayerais, je suis optimiste, comme toujours.

Nous levons le camp vers 9h avec Laurette qui aura dormi dans ma voiture, un toit est un toit ! Shelter from the Storm ! Bien sûr je l’embarque avec moi même si elle n’avait pas prévu au début de faire Baden Baden étant donné que pour s’y rendre (et surtout pour en repartir!), c’est quasiment mission impossible sans véhicule. Et puis elle ne voulait pas manquer les 3 dernières dates italienne. Finalement après réorganisation nous trouvons une solution, elle dormira avec moi dans un petit camping près de Baden Baden et le lendemain je la déposerais à Strasbourg où elle pourra prendre un flixbus pour Gênes. Et moi je filerais toujours plus à l’ouest en direction de mon Anjou natal.

IMG_4179.JPG

On s’arrête faire quelques courses à la frontière, Baden Baden étant situé tout proche de la France. J’en profite pour faire le plein de bières locales, Laurette nous achète une bouteille de vin blanc pour fêter la fin de mon NET ce soir et s’occupe du réassort de noodles et cie. Nous décidons d’aller déjeuner proche du théâtre où aura lieu le concert ce soir. Baden Baden est très chic, fleuri et paré d’arbres aux essences toutes différentes, ça a l’air très joli mais plutôt friqué, je ne sais pas ce que le public offrira ce soir, on verra bien. Nous repérons un petit parking derrière la salle où nous garons la Peugeot et observons les va-et-vient autour des bus qui sont une nouvelle fois  proche de nous. Le sound check ne doit pas encore avoir eu lieu et il se pourrait que Bob débarque à tout moment. On a bien fait nos curieux lorsqu’une voiture vitrée rodait dans les parages, sans y croire. On le sait que trop bien, c’est un fantôme que l’on essaye de capter! Souhaitant déjeuner tranquille et ne voulant pas se faire repérer par la sécurité, on fait le tour de la salle et rejoignons un petit parc qui donne… sur le bus des musiciens! Tout en dégustant notre modeste déjeuner, nous voyons sortir Donnie, Tony (qui n’a plus un cheveux sur le cailloux !) Charlie et cie. Nous gardons une distance raisonnable quand un homme en imperméable lui aimerait bien s’approcher davantage. Il est français et a fait le déplacement pour rencontrer Dylan et avoir son autographe ! Rien que ça ! Je rigole intérieurement quand Laurette tente de le raisonner en lui disant que ça ne sert à rien d’espérer approcher Dylan. « avez vous un billet pour ce soir? » lui demande mon amie « non, je suis juste venu pour avoir son autographe » Ok donc on est tombé sur le roi des imbéciles… on essaye de le raisonner en lui disant qu’il devrait oublier cette fichue signature sans grand intérêt et essayer de se procurer un ticket pour le concert à la place! Ce genre de groupie, il doit y en avoir des tas sur la route de Bob et ça a tendance à énerver Laurette qui ne se cache pas pour lui dire ce qu’elle pense de son attitude. Sur quoi nous finissons par l’ignorer car nous ne voulons pas être vu avec lui et en plus il n’est pas bien intéressant.

Il est encore tôt alors nous décidons de déplacer la voiture dans un des quartiers chics qui bordent la salle pour ne pas avoir à payer de parcmètre:  » Don’t follow leaders
Watch the parkin’ meters! » Ce soir c’est la der des ders alors j’enfile ma plus belle tenue pour dire au revoir au maestro et je charge mon sac de canette de bières. Le centre ville de Baden Baden semble être tout proche à pied alors nous nous exécutons. Des boutiques de luxe se mêlent aux grandes propriétés coquettes et aux hôtels 4 étoiles, Bob n’aura que l’embarras du choix pour sa Suite. Je pose quelques questions à Laurette à propos de l’hébergement sur une tournée de Dylan et d’après elle il n’est pas rare que son tourneur réserve un hôtel dans son intégralité pour être sûr que son protégé ne rencontre personne d’inopportun. De même que les roadies ne sont pas logés dans le même hôtel que Bob et ses musiciens. Cependant il peut arriver à quelques Bobcats (au portefeuille bien rempli) de tomber nez à nez avec un des musiciens dans l’hôtel le plus classe de la ville! Mais jamais Bob. Son bus ne lui sert que pour se déplacer entre chaque ville et roupiller quand c’est la nuit. Mais il descend systématiquement dans un hôtel, même si c’est juste pour prendre le petit dej et une douche. Ensuite il y a les balances en début d’aprem (qu’il ne manque jamais d’après Laurette) et un petit détour par son bus le temps de faire la sieste et de mettre le costume du soir (ou de nous pondre un nouveau Time Out of Mind). Pour nous 2 pas d’hôtel mais un camping au bord d’un petit étang alors c’est pas mal aussi, mais aucune chance de le voir en allant se laver les dents !

Nous marquons une pause dans une brasserie allemande, Laurette boit un café allongé et nous sommes rejoint par l’allemand campeur que nous croisons tous les soirs depuis Krefeld. Il est vraiment sympa et me paye une bière tout en discutant voyage (il connait bien la France et les Alpes où je vis). Nous déambulons dans les ruelles propres où scintillent des bagnoles luxueuses, et entre nous sans grand intérêt! Il est tôt quand nous rejoignons le théâtre qui est plutôt joli vu de l’extérieur et quand je constate la qualité vestimentaire des badauds qui gravitent autour, j’ai un peu peur pour ce soir… Pour ma part c’est chapeau en feutre marron, ré haussé d’une plume, recouvrant ma longue tignasse, veste bleue et chemise bariolée. Alors forcément il y a quelques regards surpris quand je fais des allers retour aux toilettes du théâtre (pour vider l’excédant de binouze), tant qu’à faire ! Je m’en amuse et suis content de ne pas être eux.

IMG_4182.JPG

Je sors la pancarte dans l’optique de décrocher un billet pour Laurette alors je m’avance vers ces gens là et leur tape ma tchatche légendaire. Certains sont déroutés, d’autres sourient poliment, et d’autres encore semblent être heureux de venir voir Dylan, ça fait plaisir ! Je ne fais qu’essuyer des refus. Ce soir il y a bien quelques scalpers mais même eux semblent avoir de la difficulté à trouver des places à racheter. Très peu de gens revendent leur billet et je me dis que ça va être chaud pour Laurette. Mais il est encore tôt alors ne perdons pas espoir! Une jeune fille s’avance vers moi et me demande qui joue ici ce soir? Je lui répond « Bob Dylan! He’s in the good town! He’s in your town, you don’t dare miss it! » Elle n’en revient pas et en reste bouche bée. Je lui demande si elle apprécie l’artiste, elle m’explique que oui et quand je commence à détailler son actualité et ses prestations scéniques qui ne sont pas celles d’il y a 50 ans elle m’arrête pour me dire qu’elle est au courant. OK, a-t-elle déjà vu Bob Dylan? Non. A-t-elle 200€ à dépenser? Certainement pas. Fichtre mais comment a-t-elle bien pu manquer le coche de Dylan se produisant dans la ville où elle habite ?! Je n’aimerais pas être à sa place et lui promet de faire mon possible pour lui dégoter un billet même si je sais intérieurement qu’en trouver un pour Laurette relèverait déjà du miracle. « Repasse dans 1 heure ok?! » elle quitte les lieux avec un regard désespéré, comme si elle cherchait le vrai Bob quelque part à travers la foule de plus en plus nombreuse.

C’est alors que surgit Laurette me disant qu’une histoire de dingue vient de lui arriver et qu’elle est prête à dépenser 50€ pour une place. Cela me surprend d’elle et quand je lui demande de m’en dire plus elle me lance « je t’expliquerais plus tard! ». Le plus tard sera après le concert car ma Bobcat préférée a bel et bien réussie à dégoter un billet ce soir là. Elle m’expliquera qu’un homme est venu vers elle lui demandant ce qu’elle cherchait. « je cherche une place de concert pour Bob Dylan, en avez vous une en trop? » le type sort un billet de sa poche mais lui fait comprendre (en langage des signes plus qu’en anglais) que c’est sa place. Laurette n’insiste pas et commence à détourner le regard quand celui-ci sort de son porte monnaie une liasse de billet et lui tend un billet de 50€. Laurette ne percute pas et lui dit que ce n’est pas de l’argent qu’elle veut mais une place pour le concert et là, ça fait tilte dans sa tête: argent= ticket = Bobby! Elle trouvera peu de temps avant le concert une dame qui lui vendra une place au rabais. Laurette is INSIDE !!! Trop forte.

IMG_4185.JPG

Il est grand temps de rentrer dans la salle après un ultime détour au pipi room sans quoi le concert aurait été un supplice pour ma vessie déjà malmenée ce soir. Je prends place dans la file d’attente et rencontre un alsacien (avec l’accent et tout) qui est ici spécialement pour Dylan, et qui me montre fièrement son carnet d’autographe: « après le concert il y aura celui de Bob Dylan à ma collection » me dit-il d’un air malicieux. ENCORE UN ! Je suis un poil éméché alors je n’y vais pas par quatre chemins et lui explique, gentiment mais surement, qu’il n’y aura jamais d’autographe de Dylan dans ce carnet. Le type est persuadé que si et me montre la signature de Johnny Winter en me baragouinant je ne sais plus quoi. « Ouai c’est cool mec, mais là on parle de Bob Dylan, tu ne pourras pas l’approcher, tu ne le verras même pas sortir de la salle, tu auras à peine le temps de sortir ton stylo qu’il sera déjà dans la ville d’à côté! » Je le laisse avec ses rêves d’enfant, après tout il a le droit d’espérer l’impossible et je file rejoindre mon siège en Or. Je suis au 14ème rang, plein axe! Je ne crois pas avoir déjà eu un si bon siège à un concert de Bob Dylan, la fosse est légèrement surélevée, ce qui fait que j’ai une vue imprenable sur toute la scène. Je jubile tout en faisant connaissance avec mon voisin de droite, un allemand bien sympa qui est venu avec sa femme et son fils, ce dernier verra son premier concert de Bob ce soir. Je discute avec eux, lui est un habitué des concerts du vieux, il le trouve excellent actuellement, je devrais passer un bon moment à ses côtés, enfin un vrai fan ! Les 3 ont le sourire quand je leur raconte mes aventures, leur souhaitant un bon concert car Stu s’est déjà emparé de sa guitare.

Et la magie du concert d’opérer une nouvelle fois…ce soir là encore, je suis sur scène avec Bob et je m’amuse de ses nombreux rictus et de ses positions de bossu retraité mais toujours debout. Je ne sais pas pourquoi mais il me fait rire, il m’a toujours fait rire. Peut être parce que lui seul sait à quel point « this life is a joke »!  N’empêche que ce soir à Baden Baden je me sens bien vivant et transporté par sa prestation épique, je ne peux retenir mon corps désarticulé sur mon fauteuil au moment de Early Roman Kings. L’audience est polie mais les applaudissements résonnent fort dans cette small venue. Cela change des Arena et rajoute à la qualité des concerts de Dylan, c’est indéniable. Le concert file à une vitesse ahurissante et je lâche toute ma ferveur accumulée depuis 4 jours sur Long & Wasted Years (on l’entend sur le recording d’ailleurs…). Je déguste chaque seconde comme si c’était la dernière fois…putain, la dernière fois que je verrais celui là. Et en même temps au fond de moi je sais que c’est impossible, il n’empêche que les larmes montent le temps de cette chanson spectaculaire, mais j’ai déjà tout dit à ce sujet. Je me lève avant la fin du morceau et suit debout au milieu de la fosse avec Bob pile à mon niveau, je m’éclate!

Je m’approche du devant de la scène au moment du rappel mais je réalise que nous ne sommes que 2 à avoir fait la même chose alors ne voulant pas déranger les spectateurs, je me décale sur le côté pour danser sur Blowin in the Wind. Je retrouve une Bobcat rencontrée à Nuremberg hyper rigolote qui danse elle aussi avec moi, on passe un bon moment. Le videur vient me voir, bien sûr, mais n’insiste pas, je crois qu’il a compris que c’était ma dernière. Je remarque 4 sièges vides en front row, incroyable ! Je vais donc m’asseoir pour le Ballad of a Thin Man en gesticulant sur mon trône en ébène. Le salut final n’a pas la même puissance qu’hier alors je prends mes cliques et mes claques et trace à l’extérieur de la salle.

IMG_4190.JPG

Je file comme une fusée, évitant la foule, une employée tend des roses aux femmes, j’en réclame une, elle ne veut pas m’en donner. Je fait tomber mon porte monnaie par terre, un homme m’interpelle pour me le signaler, je fais machine arrière, j’oublie ma pancarte, je perds ma bague à tabac, j’en ai plus rien à foutre, à cet instant précis je ne veux qu’une chose, aller saluer les bus. J’arrive à l’arrière de la salle où je m’étais garé plus tôt dans l’après midi, un type veille à ce que personne ne s’approche de trop, nous sommes seulement deux à voir tous les musiciens rentrer comme un seul homme dans le bus. Je les applaudis fort et les remercie, le gorille commence à s’approcher de moi et je me barre en vitesse, pas envie qu’il me gâche le moment. Je sais que les 2 bus viendront dans ma direction, je sais aussi que je ne verrais pas Bob rentrer dans sa caravane de toute façon, au mieux ses santiags? Alors je m’écarte, quelques personnes se sont regroupées, ils n’imaginent pas qui est à l’intérieur. Bizarrement je ne vois pas mon alsacien chasseur d’autographe, de toute façon ça n’aurait servi à rien. C’est à ce moment là que la fin de mon NET s’impose comme un aboutissement, la sensation d’avoir fait ce que j’avais à faire…manque plus qu’un petit détail: dire au revoir à Bob comme on dirait au revoir à un membre de sa famille qui part pour un long voyage. Le bus de Bob ouvre la voie à celui des zicos, je le suis tranquillement, sans courir, sans me précipiter, je lui parle tout haut en français tout en marchant, il ne m’entend pas mais il me voit, alors quand le bus est stoppé par un feu rouge je m’arrête aussi. Je reste à distance. Je regarde ces vitres sans teints, il y a quelqu’un qui me regarde aussi derrière, je me positionne droit comme un i et m’incline dans sa direction tout en ôtant mon chapeau porte bonheur. Ce soir, c’est moi qui lui offrira le salut final. Depuis il m’a sans doute déjà oublié, mais ce n’est pas grave, un jour viendra on se reverra dans le parloir , et on revivra nos rêves tous les 2…

FIN

enfin, pas tout à fait…

IMG_4189.JPG

Publicités

5 commentaires sur “4/4 – A ROVIN’ GAMBLER NOT BORED – GERMAN TRIP #2

    1. Merci Sardequin ! Oui je l’espère aussi pour l’an prochain, on verra bien ce qui est annoncé comme tournée en europe…
      Laurette est en Australie depuis 3 semaines dans un endroit isolé où elle fait du woofing. Elle n’avait pas forcément prévu d’aller là bas mais les choses ont fait qu’elle a pu trouver une activité près d’Adélaïde je crois. Elle se recentrera sur Dylan fin juillet pour préparer la route mais elle ne sait pas par où elle va commencer 🙂

      Aimé par 1 personne

  1. Epilogue cohérent avec le reste du récit et très émouvant, surtout pour ton « salut final » !

    Merci d’avoir partagé avec générosité et talent ces aventures avec Bob en territoire germanique, ton histoire se lira et relira bien volontiers à l’écoute des bootlegs concernés 🙂

    RDV quelque part en Europe, 2019, pour une bière dans le parloir ? 😉

    Tom Paine

    Aimé par 1 personne

    1. Merci pour ta fidélité toi qui a si bien repris Infidels !! Toujours un plaisir de lire ta réaction. La bière dans le parloir en 2019, c’est quand tu veux l’ami !

      D’ici là je vous prépare une petite surprise…

      Gengis Khan

      J'aime

  2. merci mon ami. Tres emouvante revue. Tu as une tres bonne approche du Zimm. Et ce qui compte avant tout c’est d’avoir du bon temps. Ce bout de route ensemble etait une de mes meilleures aventures.
    oui, je suis au pays des Kangouroos, mais pour l’instant je n’ai pas vu la queue d’un ….
    Je prepare mentalement la suite de cette aventure Never ending.
    Soon to be real!

    Aimé par 1 personne

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.