3/4 – A ROVIN’ GAMBLER NOT BORED – GERMAN TRIP #2

gengis khan

Nouveau jour.

Je m’extirpe de ma tente alourdie par la rosée du matin, il est tôt et je sais que la route sera longue jusqu’à Nuremberg. C’est dimanche et comme en France, les petits patelins s’éveillent tranquillement, le PMU en moins. Quel bonheur d’être dimanche en vacances, tout le monde se met à votre rythme, la boulangère m’offre son plus beau sourire au moment du café et la circulation est inexistante. Comme promis à Laurette, je l’embarque avec moi ainsi que 2 autres co voit allemands dont l’un d’eux n’a pas franchement compris l’esprit de co voiturer. Je me retrouve à devoir réorganiser le coffre de ma voiture pour caser ses 3 énormes valises! Bien sûr il ne m’avait pas prévenu et j’ai bien cru qu’on allait devoir lâcher du lest. Mais finalement ça passe et nous voilà parti pour 5 heures de route avec la copilote la plus passionnante pour tout fan de Bob Dylan qui se respecte : Laurette !

Nous n’avons pas cessé de discuter de Bob (évidemment!), des nombreuses tournées qu’elle a suivie, de ses aventures, de ses mésaventures aussi, de politique, de religion, de musique etc. La route est passée tellement vite! C’est fascinant de rencontrer des personnes avec un tel niveau d’humanité et de connaissances. Il lui est arrivé des histoires aussi uniques que touchantes, tantôt invraisemblables tantôt tristes, sur la longue route de la vie qu’elle a souvent su coupler avec un homme et un artiste inqualifiable : Bob Dylan. J’espère pour elle et aussi pour nous tous, fan de Dylan, qu’elle arrivera un jour à écrire ce livre qui sommeil au tréfonds de son âme. En attendant je vous conseil la lecture de son blog ici.

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Je n’ai vu ni travaux ni embouteillage, j’ai eu ce genre de conduite automatique, hypnotisé et guidé par les mots de ma copilote, rescapée d’un temps que je n’ai pas connu et que je ne connaîtrais jamais. Je la questionne sans cesse, sur les prestations de Bob, sur sa relation avec ses musiciens, avec le public, avec les fans… Pourquoi et comment devient-on passionné par un artiste sans se transformer en une groupie à un moment donné ? Pourquoi avoir voué une partie de son existence à cet artiste en particulier ? Et dire que tout ça commence avec une chanson… ou comment une chanson peut renverser l’existence d’une personne. Une expérience dont on sort grandi et changé à jamais. On a tous en tête une chanson de Dylan qui nous a cueilli à un moment donné, pour X raisons, mais cette chanson ne nous lâchera plus jamais et petit à petit nous rassemblons quelques brides d’informations à son sujet, quelques mystères qu’on ne se déclare pas près d’élucider dans un premier temps et puis finalement, de fil en aiguille, on devient obsédé par les énigmes. On devient fasciné par le folkeux joufflu, par le barde rimbaldien, par le gypsy américain, par le blues man invisible. Pour Laurette ce sera avec Restless Farewel que le monde se transforma. Une simple interprétation de Joan Baez et l’envie de connaître l’auteur de ce magnifique texte. Dorénavant elle passera ses heures d’écolière à étudier les textes de Dylan, cloîtré dans le fond de la salle de classe. Dans sa bulle. Et devenir Femme dans cette éclosion poétique. Les années défilent doucement, l’indépendance se précise et enfin l’occasion se présente d’aller voir l’homme en chair et en os, de retour en Europe après 12 ans d’absence et programmé 5 soirs de suite au Pavillon de Paris. Imaginez l’accueil triomphale du Zim que le public français avait vaguement découvert en 1966 lors d’un unique concert à l’Olympia. Imaginez l’euphorie pour ces pauvres européens délaissés durant de longues années, de voir enfin revenir la légende des 60’s sur le sol du vieux continent ! Elle ira à Londres avant de suivre la tournée à Paris donc. Et le cinquième et dernier soir il se passera quelque chose qu’elle même a du mal à expliquer aujourd’hui. Le placement étant libre mais assis, soir après soir elle prenait soin d’arriver en avance afin de s’asseoir au premier rang. Elle pouvait voir Bob mieux que personne, mais lui, la voyait-il ? Quelque minutes avant le début de ce dernier concert français, le manager de Bob de l’époque vient la voir et lui dit juste :

– « Bob say hello to you ! »

– « Oh really ? Bob say hello to ME ? Ok… » 

 

Arrive le début d’un set électrique avec Bob qui rentre sur scène, acclamé. Il aura un geste en direction de Laurette dès les premières secondes de son apparition pour ne plus la quitter du regard de la soirée. Laurette croit rêver, pourquoi elle ? Le concert se termine par un léger incident qui aurait pu tout de même tourner au vinaigre. Au moment du rappel, le public sort des briquets pour illuminer la salle et quelqu’un dans l’assemblée lance un briquet sur Dylan ! Laurette voit dans son visage la peur et la nervosité, il sort de scène contrarié, ne sachant sans doute pas comment interpréter ce geste. Quel dommage de rester sur cette dernière impression. Laurette va alors faire son possible pour interpeller Dylan à sa sortie de concert. Son garde du corps s’interpose et Dylan écarte le grand costaud en lui disant juste : « she’s okay ». C’est alors que Laurette a un premier échange bref mais en tête à tête avec Bob en tentant de lui expliquer que le coup du briquet c’était un accident, qu’il ne faut pas en vouloir au public parisien ce soir. Dylan clôt la conversation en disant simplement : « okay ».

Ils se reverront à plusieurs reprises au cours des 40 prochaines années : en Californie lors du début de la tournée Born Again, sur la tournée Européenne de 1981 durant laquelle Laurette avait réussi à avoir un full access scène + backstage grâce au garde du corps de Dylan ou bien en 1986 où elle rencontra de nouveau Bob sur les routes américaines, plus ou moins par hasard. Mais l’une de ses plus émouvantes rencontres (selon moi) s’est déroulée l’an dernier à Copenhague où le fantôme dylannien est apparu  devant elle comme par magie par une porte dérobée. Juste le temps de le dire, Dylan marcha dans la direction de Laurette en la regardant droit dans les yeux, lui murmurant : « How do you do ? » Juste elle et l’homme aux semelles de vent. Juste 1 minute gravée dans la mémoire de mon amie. Avant que les portes ne se referment…

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Nuremberg, Germany.

Nous déposons les 2 blabla car qui n’auront décidément pas dit grand chose du voyage. C’est l’heure de déjeuner mais avant nous marchons un peu dans les rues de la grande ville. Il y a beaucoup plus de homeless ici que partout ailleurs sur notre route et sommes chahuté par l’effervescence de la ville. Il fait chaud et décidons de nous poser à l’ombre d’une terrasse. Laurette m’offre une bière et boit un verre d’eau. Son couch surfer prévu est difficile à joindre. Je lui propose de venir avec moi au camping qui est situé à seulement 800 mètres de la salle et l’invite à dormir dans ma luxuriante Peugeot 307 ! Elle accepte ma proposition et nous voilà parti vers les extérieurs de la ville. Le camping fait parti d’une chaîne, je ne retrouve pas l’authenticité de celui d’hier mais ça ne fait rien, c’est idéalement situé et nous sommes malgré tout entouré d’arbres et de touristes en camping car…. nous mangeons un bout tout en discutant. Il fait très chaud et je décide de m’habiller en short et tee shirt. Pas de costard ce soir mais j’ai tout de même mon chapeau porte bonheur! Nous n’avons pas grand chose d’autres à faire étant situé à l’écart de la ville alors nous partons tranquillement en direction de la salle. Nous sommes tellement occupé à discuter que l’on se trompe à deux reprises de direction. La salle est située au milieu d’un immense complexe de bureaux et d’entrepôts, il y a de quoi se perdre ! Impossible ce soir de voir les bus qui sont parqués et entourés par des immeubles. Ça ne fait rien, nous croisons une connaissance de Laurette, un allemand que j’avais déjà vu jouer de la guitare avant le concert du Luxembourg en 2017. C’est amusant de revoir les mêmes têtes soir après soir, c’est une autre étrangeté du NET. Je prends conscience que je ne suis pas le seul passionné à avaler des kilomètres pour être « in the good town ». Et pourtant une sacré distance sépare Bielefeld de Nuremberg ! Ça ne fait pas peur à ces Bobcats plus ou moins discret: Franky le guitariste, un autre allemand dont j’ai oublié le nom, très sympa et qui suit Bob un peu partout en Europe au volant de son Volswagen, lui aussi fait du camping ! Il y a aussi Andy qui vend des affiches avec sa femme, un couple d’américain que je croise depuis mes premiers concerts de Bob en 2009, sans oser discuter avec eux, on se salut poliment, eux recherchent des sièges bien placés et sont prêts à y mettre le prix. Il y aura aussi la rencontre avec Ian, fidèle parmi les fidèles à galoper de ville en ville, peu importe le continent, et ce depuis des années. Et puis je met enfin un visage sur certains noms comme le fameux Hermann Rechberger qui dévoile les setlist sur Boblinks depuis quelques années. Bref, un petit noyau de fidèle qui diminue tout de même année après année. Je ne fais pas parti de ceux qui suivent l’intégralité de la tournée mais tout de même, à Nuremberg ils me reconnaissent et commencent à me questionner. Et tout le temps l’imparable question: « Are you going to Verona? » Tout le monde va à Vérone parmi ces fidèles ! Non les gars, désolé, je vous laisse ce privilège d’assister peut être (qui sait?) au dernier concert de Dylan?

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La foule s’empresse sous une coupole en verre dont l’acoustique raisonne merveilleusement bien, tant mieux pour les 2 guitaristes qui s’en donne à cœur joie. Je suis un peu plus fainéant ce soir et met du temps à sortir la pancarte. Surtout, je prends de la bouteille: pas la peine de sortir le panneau trop tôt! Et puis je suis hyper optimiste, je sais que j’aurais une place ce soir mais j’en veux absolument une pour Laurette aussi. Nous nous séparons tranquillement, moi avec mes bières et ma tchatche, Laurette à l’opposé et qui a déjà dégainé son affiche sur laquelle on peut lire: « If you have an extra ticket I’ll be happy to use it ». Les gens arrivent de tous les côtés, il y a vraiment beaucoup de monde, la salle doit être immense, ça ne m’enchante guère mais peu importe, le principal c’est de rentrer. Je me met dans le mouvement et dégaine à mon tour affiche et sourire. Les gens ont le smyle eux aussi, ça parle bien anglais et je suis hyper optimiste pour ce soir. BINGO, après 40 minutes un couple me regarde avec un large sourire, bière à la main, ils sont déjà passés de « l’autre côté », c’est à dire qu’ils ont une place en trop dont ils n’ont pas l’utilité (préférant sans doute aller boire des binouzes au bar plutôt que de chercher à la vendre!). C’est ma chance, j’ai à peine fini de leur expliquer mon voyage que déjà ils me tendent la place de leurs fils qui n’a pas pu venir ce soir. Si bien qu’ils sont ravi de me faire plaisir, et moi avec ! Cependant je continue mes recherches, encore plus motivé qu’avant pour en dégoter une pour Laurette. Je la vois au loin,  peut être en a-t-elle déjà une mais au cas où je continue mon tour. Il ne me faut pas 20 minutes pour tomber sur un mec super cool qui me lâche sa place en trop, je le remercie chaleureusement avant de prendre la direction de Laurette: « Tu as une trouvé une place? « Non ça marche pas ce soir » « T’inquiète c’est bon, j’en ai une pour toi » « chouette! » on se prend dans les bras, je suis heureux d’avoir dégoter ce billet pour elle, je lui devait bien ça !

On découvre la salle, tout en longueur, vraiment grande, nos places respectives ne sont évidement pas côte à côté et en plus elles sont loin derrière. On décide de rester ensemble et choisissons les gradins à gauche de la scène où il semble y avoir une rampe sur laquelle on peut se tenir debout devant un grand rideau, si bien que l’on ne gène absolument personne et en plus la scène n’est pas loin. On tente notre chance et je retrouve 2 mecs que j’avais vu à l’extérieur qui me félicite pour mon audace, ils sont bien sympa et l’un d’eux va voir Bob pour la première fois ce soir, je leur souhaite un bon concert avant que quelqu’un de la sécurité ne vienne nous déloger. On ne cherche pas à discuter, le concert va commencer et nous nous asseyons sur deux sièges à proximité dont le propriétaire, absent, doit sans doute patienter dans la file d’attente interminable côté bière ou côté chiotte.

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Le concert démarre, le public réagit, nous sommes tellement bien situé, j’ai à peine besoin de regarder dans mes jumelles ! Applaudissements chaleureux à chaque fin de chanson, l’audience se met en place et Bobby avec. Une fois terminé Simple Twist of Fate il ne fera que monter crescendo ce soir. Nous quittons nos places provisoires pour retourner un peu derrière où quelques personnes (des 2 côtés de la salle) préfèrent elles aussi rester debout. Finalement une connasse (oui, c’est le juste mot) nous emmerde. Laurette lâche l’affaire et part dans le gradin d’à côté où semble-t-il, ils étaient moins à cheval sur les règles. Moi je reste droit comme un piquet, les yeux rivés sur la scène, en expliquant calmement que je ne gène absolument personne, qu’il y a un mur derrière moi et je mens en disant qu’ il y a quelqu’un à ma place. Elle insiste et revient à la charge avec un homme qui me refait le sketch du « vous n’avez pas le droit d’être ici », je commence à monter dans les tours et le remet poliment à sa place, heureusement je suis soutenu par un couple à côté de moi qui baragouine quelque chose en allemands et qui voulait surement dire: « mais vous allez pas lui foutre la paix oui, et nous laisser profiter du concert bordel! ». Un truc dans ce goût là. Je ne me ferais plus emmerder de tout le concert et peut enfin jouir pleinement de Bob et du Band depuis mon gradin VIP! Tout est merveilleux, la voix de Dylan est encore meilleure que les 2 autres soirs et il insiste sur de nombreux couplets, le sourire aux lèvres. Je m’éclate enfin ! Mais c’est dommage d’être séparé de Laurette, alors je file rapidos chercher une bière et la croise sur mon chemin: « Laurette, reviens ils ont fini par me laisser tranquille ! »

Une bière et une amie plus tard, je profite de chaque seconde de ce concert fantastique tant la prestation est parfaite! Nous dansons, nous chantons et puis…arrive LA chanson…

« C’est comme si cet instant n’aurait jamais dû exister […] On touche du doigt la vérité, les réponses ne sont plus très loin »

Une pluie de personnages imaginaires tourbillonnent dans ma tête lorsque Dylan attaque le premier couplet de Desolation Row. Le rythme est saccadé, Donnie est concentré sur ce que va faire Dylan ce soir et tous les musiciens semblent réellement connecté dès l’arrivée du second couplet. Il se passe alors quelque chose que je ne pourrais décrire avec des mots, la justesse de l’ensemble et la présence de Dylan me porte comme jamais. C’est comme si cet instant n’aurait jamais dû exister. Me suis-je imaginé la carrière légendaire du Zim ? N’est-il pas plutôt un mythe des bas fonds, raclant ses semelles sur un bitume crasseux ? Est-il bien vivant ? Ne suis-je pas plutôt dans une sorte de purgatoire où Dylan défend sa propre monture pour rejoindre les portes du paradis ? Un entre deux mondes, un livre ouvert, une histoire secrète. Je tourne les pages de ce manuscrit écrit par la main même de celui qui se dandine face à moi et tente d’interpréter les mésaventures de ces personnages malheureux. L’auteur lui même semble connaître la solution mais se garde bien de la dévoiler.

All these people that you mention
Yes, I know them, they’re quite lame
I had to rearrange their faces
And give them all another name

On touche du doigt la vérité, les réponses ne sont plus très loin…Je pleure et ne peut cesser d’applaudir l’artiste et le poète qu’il est. Comment peut-on écrire un texte pareil et réussir à le chanter comme il le fait ce soir ? Avec cette intonation dans la voix et ce génie musical ?

Right now I can’t read too good
Don’t send me no more letters no
Not unless you mail them
From Desolation Row

Je continuerais à chercher l’allée de la Desolation Monsieur Dylan, je l’écouterais encore et encore. Je ne me lasserais jamais de votre poésie.

Je viens de connaître l’extase , un instant trop court et trop rare. Cette chose que je recherche à chaque fois que je me rend à un concert, de Dylan ou d’un autre. Je viens de ressentir ce que je n’ai encore jamais ressenti lors d’un concert du Zim. Une sorte de révélation et de pureté qui me laisse bête et heureux. Il a réussi à contrôler mon corps et mon esprit, parce que j’avais la conscience bien ouverte. Ce soir j’ai vu ce que personne n’a pu voir. Je suis à des années lumières de la réalité, je peux sentir me gratter le nez les particules de poussière balayés par Cendrillon pendant que la lune se voile et que les étoiles disparaissent. Je vois toute cette foule, ce carnaval burlesque attendre que l’Amour viennent les cueillir, ou que la pluie les rassure. Ce soir je vois le Cirque qui est en ville.

« Ce soir je lui pardonne tout […] ce soir il a chanté pour nous deux »

Peut-être que ce Desolation Row était semblable à des dizaines, à des centaines d’autres interprétations. Peut être que Bob n’était pas meilleur que les autres soirs, peut-être même qu’il s’est trompé dans les paroles? Je ne peux pas être objectif après un tel concert. Je ne pourrais pas vous dire que c’étair le meilleur concert de Dylan depuis 20 ans. Je ne pourrais rien affirmer du tout. Et pourtant… Tout ce que je peux vous dire c’est que ce soir là j’ai assisté à une claque phénoménale et que l’artiste m’a touché en plein cœur. Je ne sais pas encore pour combien de temps cette tournée sans fin pourra bien durer, ni à quelle cadence il pourra encore nous émerveiller. Je n’entends pas les critiques à son égard, ce soir je lui pardonne tout. Ce soir il aurait pu jouer uniquement ce morceau que je n’aurais en aucun cas regretté mes centaines de kilomètres. La scène est une fenêtre inaccessible pour toucher à son génie. Personne ne peut le voir ailleurs, année après année il devient de plus en plus mystérieux et insaisissable. Pourtant c’est dans ce contexte qu’il se dévoile comme nul autre et alors il nous parle. Il faut juste savoir écouter…

Il nous fera un signe avant la fin du concert. Au moment de chanter Long & Wasted Years il se tourna vers la droite, pile dans notre direction. Le moins que l’on puisse dire c’est que ce soir avec Laurette nous avons crié notre satisfaction et qu’il semble vouloir montrer la sienne en chantant pour nous. A me relire j’ai conscience que l’on a sans doute halluciné, et pourtant je vous jure, ce soir il a chanté Long & Wasted Years pour nous deux… et ça été la meilleure version des 4 concerts. Standing ovation irréprochable, ça grouille là dedans, tout le monde se lève, j’ai le sourire jusqu’aux lèvres de voir le public aussi réactif, aussi enchanté et déluré. Ils sont beaux tout ces gens les bras en l’air à crier et j’hurle ma joie en retour! Le meilleur des concerts.

Le violon de Donnie nous transportera sur les chemins de la liberté et de l’humanité. Nous tentons une approche de la scène mais n’insistons pas face aux  gardiens du Temple. Je veux profiter de ce rappel et remonte jusqu’à mon gradin. La fin du concert approche mais Dylan contrôle le temps qui passe, il prend plaisir à chanter ce soir et fait durer le concert. Le salut final m’a toujours bluffé. Je me souviens de la première fois à Paris en 2009, je n’avais aucune conscience de comment terminait les concerts de Bob Dylan. Le fait de s’avancer au centre de la scène et de le voir regarder les gens pour la première fois depuis le début du show, c’est spectaculaire. C’est d’une simplicité et d’une justesse sans faille. Le salut final sans fioriture, sans mots (pourquoi en ajouter après 1h40 de poésie?), à sortir ses mains comme des Colts de cowboy, la classe ultime ! Ce soir je vous jure qu’il a prolongé le salut millimétré par une avancée de quelques pas totalement improvisée. Et le public d’applaudir de plus belle, Bob a légèrement incliné la tête et joué des signes de la main comme il en a l’habitude. Je suis subjugué. Décidément nous avons assisté à du grand Bob ce soir. Il ne faut pas grand chose pour faire de ce concert une prestation plus grande que les autres. C’était mon vingtième concert du Zim ce soir, je le classe facilement dans mon top 5 car tout était réuni pour que ça marche : le placement debout, Laurette, l’audience, son jeu de scène, le choix des morceaux et sa grande forme. Et puis j’étais là au milieu de ces inconnus ; j’étais là pour pousser Bob à donner le meilleur de lui même. Les bonnes ondes se déplaçaient partout autour de nous ce soir.

Je ne sais quoi dire au moment de quitter les lieux. Certaines personnes me reconnaissent et me félicite d’avoir réussi à rentrer dans l’arène. J’arrive à peine à leur délivrer une parole tant je suis ailleurs. Je me repasse le film encore et encore. J’avance, les jambes en coton, et ne rentre pas dans les détails avec Laurette, elle a compris elle aussi, elle sait que ce soir c’était un très bon concert. Bob le sait aussi, il est content et s’endormira satisfait de sa prestation.

Nous rentrons à pied vers notre camping urbain et nous endormons comme des enfants heureux. « Good night Bob, see you tomorrow ! »

 

[A SUIVRE…]

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4 commentaires sur “3/4 – A ROVIN’ GAMBLER NOT BORED – GERMAN TRIP #2

  1. Encore un beau moment !!! Merci pour ce récit ! Belle histoire aussi que celle de ta camarade de route, Laurette.
    (ce prénom me perturbe un peu, c’est aussi celui de ma compagne depuis bientôt 30 années ! Ce qui veut dire qu’il y avait au moins une Laurette au concert de Marseille) 🙂

    20 concerts de Dylan ? Et moi qui n’ai pu le voir que deux fois !!!

    J'aime

  2. Magnifique !

    Se pourrait-il que Dylan, 40 ans après les soirs au Pavillon aie reconnu ton amie Laurette l’année dernière ?? Troublantes et passionnantes anecdotes, décidément, on n’est pas prêts de comprendre ce mec…

    Comme Sardequin, je n’ai pu voir Dylan « que » deux fois mais chaque émotion que tu exprimes, en particulier lorsque tu parles de ce Desolation Row, me prend aux tripes : impossible de ne pas repenser à ma propre expérience et à mon premier concert de Dylan lorsque tu décris cette « fenêtre inaccessible » qui est la scène, une peinture toujours en mouvement pour nous, son terrain de jeu. Cette chanson, c’est tout cela à la fois, comme tu le décris, c’est un texte plus puissant que tout, plus puissant que la réalité elle même parfois, c’était visiblement le cas en Allemagne ce soir là.

    Nuremberg avait l’air exceptionnel, ton récit me donne envie d’écouter l’enregistrement !!

    (Par ailleurs, je prêterai désormais davantage attention aux saluts finaux, si j’ai encore l’occasion de voir cette vieille caboche un jour…)

    Merci encore pour tous ces moments capturés pour la postérité, je lirai et relirai ces récits (snif, plus qu’un, déjà!!)

    Have a nice day
    Tom Paine

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    1. Merci Tom Paine pour ton commentaire !

      Je me régale à écrire ces chroniques et lire vos réactions est toujours un plaisir, donc merci de suivre cela.

      Oui plus qu’une, Baden Baden prochainement… 😉

      Je te souhaite de revoir Bob sur scène, it’s not dark yet !

      Et non je ne pense pas que Dylan ait reconnu Laurette, cela m’étonnerait beaucoup d’autant qu’elle a arrêté de suivre ses tournées pendant plus de 20 ans donc vu le nombre de tête qu’il a vu entre temps… N’empêche que l’histoire est belle et à coup sûr, il la reconnait entre chaque tournée depuis 2010 🙂

      Aimé par 1 personne

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