2/4 – A Rovin’ Gambler not bored – German Trip #2

A rovin gambler not borred

Le soleil me tire du lit, j’ai envie de profiter pleinement de cette journée « off ». Je pars me promener dans le grand parc où j’ai bu des bières la veille. Il fait chaud et le pollen me titille la tronche. Tout est parfait. Je flâne entre les rangées d’arbres, sans me presser, la prochaine ville où je fais halte n’est qu’à 2 heures en voiture.

En préparant ce petit road trip, j’ai repéré un camping comme je les aime du nom de «In the Pines » . Il ne m’en faut pas plus pour me donner envie. Je suis un amoureux des campings, mais pas n’importe lesquels. Par exemple celui des bords de mers supplément toboggan et bain à remous, avec Patrick à chaque piquet de tente qui vous offre du Benco à la moindre occasion, ce n’est pas mon truc. Ce qui est primordial c’est  l’endroit en lui-même où le camping est implanté: préférez ceux entourés d’un bel écrin de verdure, isolés et un peu crades. J’ai toujours eu une fascination pour les campings hors saison. Désertés durant de longs mois, c’est souvent à cette période que je les exploite (ils sont donc généralement gratuits!). Après l’agitation, ces lieux retrouvent leur sérénité, on croirait déambuler dans une sorte de lotissement pour vacanciers qui aurait fait faillite. Ces campings sont généralement assez grands pour avoir le choix entre 118 emplacements, ce qui constitue mon principal dilemme de la journée. Bref, je ne sais pas trop à quoi m’attendre en démarrant ma bagnole ce 20 avril 2018 pour quitter Krefeld et retrouver la frénésie des autoroutes allemandes. Sachez chers lecteurs que je ne voyage pas uniquement pour voir Bob Dylan en concert. Pendant ces 5 jours, je vadrouille, je mange comme je peux, je marche, je roule, j’écoute en aléatoire des musiques totalement différentes ! Je m’octroie ces délicieuses pause clope en regardant les anges passer…Je me délecte de petits riens, de pas grand chose qui constituent mon quotidien de Rovin Gambler never bored , et qui vont de pair bien évidemment avec Dylan lui-même.

 

 » Dylan a cette faculté à avancer peu importe l’endroit où il joue, peu importe l’audience présente « 

 

Lui aussi voyage énormément.  « I’ve been all around the world boys » pas dans les mêmes conditions que moi c’est vrai, mais tous les deux on est sur la même route, à partager les mêmes kilomètres de bitume et les mêmes bouchons allemands. Et ça,  c’est quelque chose qui me prend aux tripes. Suivre la caravane est une expérience. Je ne suis pas comme Laurette à faire l’intégralité de la tournée, juste un petit morceau mais c’est suffisant pour ressentir ce que Bob peut lui aussi ressentir. On voit des choses similaires sur cette longue route, sait-il au moins où il se situe sur une carte ? Je posais récemment la question à Robert Martin, auteur de l’excellent livre « 10 jours avec Bob Dylan » qui m’a scotché et que je vous conseille fortement. Je lui demandais si Bob, pendant leur road trip improvisé dans le sud de la France, regardait les cartes ? Il m’a répondu que non, qu’il ne se souciait pas de l’endroit où il se trouvait et qu’il s’en remettait entièrement à son ami David Oppenheim. Ne pas du tout savoir où l’on se trouve doit être une sensation étrange, il faut avaler beaucoup de kilomètres en peu de temps pour être dans cet inconnu spatial, et le vouloir. Il faut aussi sans doute s’appeler Bob Dylan ou bien être sous substance (ou bien les deux). L’absence totale de repères, c’est ce que Bob doit vivre à chacune de ses tournées, se surprendre à regarder par le hublot de son navire et voir un élément qui caractérise une ville. « Suis-je déjà venu ici? Sacré nom de nom» Bon, je ne me fais pas d’illusions, il doit être une bille en géographie comme tout américain qui se respecte. A-t-il au moins regardé une fois la carte européenne dans sa vie ? Cela ne m’étonnerait pas du tout si la réponse était non. Dylan a cette faculté à avancer peu importe l’endroit où il joue, peu importe l’audience présente. C’est à peine s’il doit estimer le lieu dans lequel il se produit, vu comment il passe d’un théâtre à une Arena  en l’espace d’un seul jour…

Personnellement, j’estime avec beaucoup d’intérêt les endroits par où je passe et je suis heureux de quitter la cohue autoroutière pour me retrouver dans ce petit camping que j’avais idéalisé en préparant mon voyage. Et je ne suis pas déçu ! Me voici accueilli par un couple d’allemand qui ne cause pas un mot d’anglais, l’échange se fera grâce aux gestes et aux regards. Ils sont amusants et me désignent mon emplacement à l’écart du premier Patrick venu (à vrai dire je ne risque pas de croiser grand monde étant donné l’affluence). Il n’est pas bien tard et je me cale face au soleil entouré de bières, de pickles et de chips, contemplant mon dortoir à ciel ouvert et ses pins resplendissant devant le bleu du ciel. J’installe ma tente pour deux soirs, et passe le reste de la journée à écrire sur le concert de la veille et bouquiner l’excellent Bill Bryson et son tordant American Rigolos: Chroniques d’un grand pays.

Le lendemain j’ai rendez-vous à la gare de Bielefeld pour récupérer Laurette qui a dormi chez un couchsurfer à Munster (je vous invite vivement à cliquer sur son prénom, vous arriverez sur son blog, un endroit merveilleux que vous n’aurez pas fini de parcourir!).  Je la conduis chez sa prochaine hôte proche du centre ville. Celle-ci insiste pour nous inviter à pique-niquer avec ses amies dans un parc. Nous faisons une halte dans un supermarché pour acheter de quoi manger. Toute la ville s’est installée sur la pelouse d’un grand parc, il fait une chaleur caniculaire pour cette période de l’année ! On passe un bon moment à parler de nos vies tout en dégustant des mets fait maison par les amies de Julia. Elles nous expliquent que leur ville de Bielefeld est souvent moquée de la part des autres allemands. Un lieu où personne n’a envie d’aller, où il n’y a pas grand chose à faire. Sûr ça ne fait pas rêver mais franchement, il y a pire comme endroit ! Et puis Bob Dylan se produit ici ce soir so, you don’t dare miss it! On tente de motiver les filles d’aller voir Zimmy ce soir mais à part Julia qui dit qu’elle viendra peut être, les autres n’ont pas l’air motivées. Avec Laurette nous quittons l’assemblée en avance car il est maintenant l’heure de se rapprocher de la venue.

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J’enfile mon plus beau costume et mon chapeau porte bonheur, des canettes de bière plein les poches et c’est parti ! Étrangeté en arrivant sur place, les bus sont parqués sans la moindre barrière autour. Celui de Bob est collé à un accès mais nous pouvons déambuler à côté sans encombre. Nous discutons avec Laurette, à une certaine distance de celui des musiciens, histoire de ne pas se faire repérer et parce qu’il est certains que nous ne verrons pas Bobby de toute façon, par contre celui-ci nous voit peut-être ? Georges et Stu sortent des sound checks et nous les saluons, Stu nous fait un signe et rentre dans le tour bus. Quelques minutes après c’est Donnie qui s’approche pour venir chercher son costume du soir, Laurette va dire bonjour à son « sweet Donnie » toujours très sympa et souriant. Quelques fans se sont avancés tout en gardant une distance de courtoisie, rien de malveillant, n’empêche qu’un chien de chasse de la sécurité (celle de la salle, pas de Dylan) nous dit dans un anglais plus qu’approximatif (que je fais semblant de ne pas comprendre) qu’il ne faut pas rester là. Je rigole volontairement en m’écartant et lui lance des boutades en français.

Nous nous dirigeons vers l’entrée de la salle où il est encore tôt pour sortir la pancarte. Je vais me renseigner auprès du guichet s’il reste des places et c’est le cas, le show n’est pas complet pour ce soir, ce qui devrait me faciliter la tâche: obtenir un billet gratuit. Les rayons du soleil me font une dernière révérence, je dessine le ciel avec la fumée d’une énième cigarette avant de dégainer ma pancarte. Je commence mon petit tour en saluant quelques Bobcats au passage et affiche mon plus beau sourire. Comme à Krefeld, je remarque que beaucoup de gens ne comprennent pas ce qu’il y a marqué sur ma pancarte et lorsque je m’exprime en anglais c’est comme si je parlais en français. Depuis le début de mon périple je suis surpris de constater que les allemands ne maîtrisent pas bien, voire pas du tout l’anglais dans cette partie du pays. On sait que nous autres franchouillards sommes à la ramasse en ce qui concerne les langues étrangères mais finalement ce n’est guère mieux à Bielefeld… Au cours de mes voyages j’ai pourtant souvent été surpris du bon niveau en anglais des germaniques…bon bah là, on repassera. Cela ne m’empêche pas de continuer mon discours, toujours amusé et heureux de faire cette démarche. Je suis tellement détendu que je ne fais pas vraiment attention à l’heure qui roule plus vite qu’une pierre en montagne. « Merde ! Il ne reste que 30 minutes » ! Et pas de piste à l’horizon. Un jeune vilain m’a méchamment snobé en rentrant avec un extra ticket en face value à 200€ qu’il n’a pas réussi à vendre et dont il ne désire pas me faire profiter apparemment! Je l’ai accosté amicalement 2/3 fois en lui disant à chaque fois de penser à moi s’il ne trouve pas d’acheteur. Et bien je le vois se fondre dans la file d’attente en me faisant non de la tête et ramassant le précieux billet dans la poche de son gilet. Son ami qui l’accompagne semble navré pour moi et je tente une dernière fois de les convaincre de m’embarquer avec eux. Sans doute avait-il peur de moi ? Je n’en sais rien mais c’est dingue de constater la bêtise des gens, même si c’est leur choix après tout, c’est marche ou crève et je n’aime pas cela. Ces expériences des billets gratuits me font réaliser à quel point les gens peuvent être égoïstes et avides d’argent. Alors qu’il est juste question d’une place de concert!!! Tant pis, ce billet terminera à la poubelle et je n’en profiterai pas. Au même moment je vois Laurette apparaître me regardant d’un air grave « tu as un billet ? » « non putain, un jeune couillon vient de rentrer avec une place en trop et m’a snobé, je suis deg ! » « je t’avais prévenu, ça arrive toujours, t’inquiète j’en ai un pour toi » Waooo ! Trop forte Laurette, je lui revaudrai ça !

Je cours à ma voiture chercher mes jumelles et sur le chemin je passe à côté des tours bus, je vois Charlie rentrer au même moment à l’intérieur, je crie « see you inside Charlie ! », heureux comme un gamin d’avoir ma place pour ce soir. Avant de rentrer dans la salle, nous croisons Julia la couchsurfeuse de Laurette qui a écouté notre conseil. Elle sera plutôt chanceuse en empochant un ticket au dernier moment pour 20€, c’est la première fois qu’elle verra la « légende vivante » en concert….et ça les vaut bien !

 

 » A nous le concert debout et à poil les Beatniks! « 

 

En rentrant dans l’Arena nous sommes surpris de la disposition du lieu, j’ai l’impression d’être dans une de ces salles omnisports dans lesquels j’allais voir des matchs de basket étant gamin. Nous nous posons des questions quant à ce que va donner l’acoustique. Mais pourquoi diable les promoteurs de Bob le font jouer dans ce genre d’endroit? Ça m’aurait fait mal de claquer 200€ ce soir pour une place en front row tellement la scène est surélevée et Bob en retrait ! L’après-midi, nous expliquions à Julia que nous préférions les venues debout pour pouvoir danser et elle nous indiqua où aller, connaissant bien la salle. C’est donc en connaissance de cause que nous nous dirigeâmes vers le côté droit avec Laurette, sur les hauteurs, derrière les personnes en fauteuil roulant. C’était un bon conseil jusqu’à ce que le concert démarre et qu’une armée de la sécurité vienne nous dire de rejoindre nos places…histoire de changer. Sauf que cette fois ci nous étions trop nombreux et qu’ils n’ont rien pu faire. Youpi ! A nous le concert debout et à poil les Beatniks!

A l’inverse de Krefeld, le public est plutôt mou mais nous sommes agréablement surpris par l’acoustique pour une salle aussi nulle. Les zicos revêtent un magnifique costume bleu et Bob est en noir, beau comme un sous neuf ! Je l’ai une nouvelle fois dans le viseur, je le vois même encore mieux qu’à Krefeld, c’est parfait ! Je ne vais pas reprendre le concert morceaux par morceaux, déjà parce qu’il faudrait que je me le réécoute et surtout parce que je risque de me répéter. Je vais tirer de ce concert un ressenti dans son ensemble. Et assez rapidement, j’ai trouvé Bob fatigué ce soir là. Cela ne veut pas dire qu’il était mauvais, loin de là ! J’ai prêté attention à ses gestes et ses postures en particulier. Dès que le corps se levait, j’ai vu Bob se maintenir sur son piano chose qu’il ne faisait pas l’an passé. Et à mon avis, ce n’est pas pour le spectacle, c’est parce qu’il doit fatiguer à rester debout derrière le piano. Les déplacements sur scène sont limités au strict minimum . Lorsqu’au début du concert Charlie semble avoir un problème de guitare, il se déplace au chevet…euh pardon, au piano d’Old Bob pour le lui signaler. A la deuxième alerte, c’est son fidèle Tony qui fait le déplacement pour s’assurer du problème. Avec Laurette nous n’avons rien remarqué.

Bielefeld, Germany
Seidensticker Halle
April 21, 2018

  1. Things Have Changed
  2. Don’t Think Twice, It’s All Right
  3. Highway 61 Revisited
  4. Simple Twist Of Fate
  5. Duquesne Whistle
  6. Melancholy Mood
  7. Honest With Me
  8. Tryin’ To Get To Heaven
  9. Come Rain Or Come Shine
  10. Pay In Blood
  11. Tangled Up In Blue
  12. Early Roman Kings
  13. Desolation Row
  14. Love Sick
  15. Autumn Leaves
  16. Thunder On The Mountain
  17. Soon After Midnight
  18. Long and Wasted Years

(encore)
19. Blowin’ In The Wind
20. Ballad Of A Thin Man

Le concert me transporte, comme à chaque fois. Je tente l’impossible en sortant mon caméscope afin d’immortaliser une infime partie de mon NET 2018 sur un excellent Honest With Me. Au risque de me faire dégager par la sécurité. Mais je suis le premier surpris, ça passe !! Personne ne vient m’embêter. L’avantage de la salle c’est qu’on peut sortir par la porte vitrée pour aller fumer sa clope, l’inconvénient c’est que le bar ne vend pas de conso durant le concert. Bon, je me contenterai d’une bouffée d’air et de nicotine pendant Tangled Up in Blue que j’écoute en observant le jour faiblir, avec Bob tout à côté, instant magique. Quand vient le moment pour le groupe de démarrer Desolation Row, je me tiens près derrière mes jumelles à saisir chaque petit détail, infime moment d’éternité. Vous auriez dû voir Tony et Bob s’échanger de ces regards ce soir là ! C’était dingue, comme si la chanson leur rappelait des souvenirs sur ce Never Ending Tour, sur ces routes crasseuses de l’allée de la Desolation, sur cette longue route menant aux cieux. Garnier regarde Bob sans détourner son regard, lui aussi se métamorphose le temps de la chanson. Georges sourit et se concentre non pas sur le jeu de piano du vieux bougre, mais bien sur son regard invisible. Contre bassiste et batteur font monter la pression à chaque fin de couplet. Je ne m’occupe plus du monde extérieur, au diable le public, au diable les agents de sécurité, je suis figé comme une statue, je ne tremble pas pour voir Tony se détourner du piano pour indiquer ses dernières directives d’homme d’orchestre, Mr Tambourine Man, et avant que les derniers coups de cymbale ne renvoient le bossu de Notre Dame sur sa tour d’argent, il lance affectueusement un sourire en direction de Bob qui le lui rend d’un mouvement de tête dont il a le secret.

 

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Ce trop rare moment d’intimité entre les membres du groupe m’amène à m’interroger sur Bob et son Band. Tout ceux qui suivent de près les tournées de Dylan sont unanimes pour dire qu’il a à ses côtés les meilleurs musiciens qu’il puisse espérer. Vingt neuf années avec Tony, et une moyenne de quinze ans avec les autres membres. C’est gigantesque. C’est unique aussi dans la carrière du Zim. Quelle relation Bob peut-il bien entretenir avec ses musiciens ? De l’amitié ? Uniquement une relation de travail ? On sait Bob solitaire, dans un bus à part, sans rien partager d’autres que la musique, et une certaine forme de routine finalement. Il peut aussi être très dur avec ses zicos. Laurette me racontait ce jour là une anecdote qui m’a fait mal pour Donnie. En 2012, Dylan était à l’affiche d’un très gros festival, celui de Benicassim en Espagne, avec un peu comme les vieilles charrues la même année, une programmation aux antipodes de la musique de Bob. Donc un public non averti qui veut entendre les hits de Monsieur le troubadour 3615 Jukebox. Le concert s’est révélé catastrophique par moment et Bob s’est entêté à exécuter un set qu’il croyait rodé avec entre autre…Make You Feel my Love. Erreur ! Le public bruyant et sans doute jeune (et con!) n’a pas du aider, et Bob n’arrivant pas à trouver l’alchimie se retourna vers Donnie lui ordonnant : « Stop playing! » Laurette et une amie l’ont clairement entendu dire cela.

Ce n’est qu’un exemple bien sûr. Et l’on sait à l’inverse que Dylan peut se montrer satisfait. Et la meilleure reconnaissance n’est-elle pas la confiance ? N’empêche qu’il ne prend plus la peine de présenter les membres de son groupe, de quoi se demander s’il entretient une quelconque relation avec eux en dehors de la scène. Même pour Tony, Georges, Donnie, Stu & Charlie est ce que Bob ne serait tout simplement pas devenu uniquement une manne financière ? Je n’irai pas jusqu’à dire qu’ils ne prennent aucun plaisir à jouer, cela contredirait ce que je viens d’écrire plus haut. Il n’empêche que le groupe joue avec une telle facilité que par moment on pourrait croire s’ils sont ailleurs, distant du bonhomme. Je pense que celui qui est le plus dans sa bulle, c’est Charlie. Guitariste hors paire, il n’est plus le jeunot qui emballait les concerts du Zim à la première occasion. Maintenant il fait son truc (et bien) sans jamais esquisser un sourire. Ce n’est pas un constat définitif bien sûr, juste un questionnement sur ce que peut bien représenter Dylan pour ses propres musiciens. Imaginez un seul instant suivre fidèlement ce fantôme à travers tous les Opéras de la Terre, avec une moyenne de 80 concerts par an (!) , pour finalement jouer quasiment le même set. On est en droit de se demander si c’est la teuf et le pied pour eux tous les soirs ? Je n’ai pas la réponse…

 

 » l’émotion m’a cueillie, en toute fin de concert ce soir là […] en cet instant précis je réalisais mes rêves et mes désirs « 

 

Ce soir là comme tous les soirs, une réponse parmi tant d’autres était dans le vent et ce Blowin in the Wind m’a fait plaisir. Premièrement parce que l’arrangement a été revu, deuxièmement parce que Bob semblait prendre plaisir à débiter ses 3 couplets tellement simples et percutants à la fois, presque naïfs, écrit par un gamin de 21 ans. Et quand ce même gamin le chante encore de toute ses forces 56 ans plus tard, pour la 1 500 ème fois, les mots se perdent dans l’espace. Tout va très vite autour de moi, et je pense à beaucoup de choses. Ainsi l’émotion m’a cueillie, en toute fin de concert ce soir là. Et aussi parce que j’ai pris conscience de certaines choses, et de la plus importante : en cet instant précis je réalisais mes rêves et mes désirs. Réaliser ses rêves et pouvoir les revivre à l’infini, c’est beau non ?

Peut-être qu’un jour j’irais dormir dans le parloir pour revivre mes rêves.  Mais pas ce soir, non pas ce soir.

Now I’m Tryin to Get to Nuremberg before they close the door…

[A SUIVRE…]

 

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5 commentaires sur “2/4 – A Rovin’ Gambler not bored – German Trip #2

  1. Et voilà, lecture terminée, à relire encore d’ailleurs ! Chouette récit, avec suffisamment de distance critique ! C’est ça qui est bien, on peut ressentir tout le plaisir et l’admiration que tu as pour Dylan, mais ça n’empêche pas d’être lucide sur le bonhomme, sur ce qu’il est aussi ! Bref, à suivre dans l’épisode 3 !

    J'aime

    1. Merci Sardequin.

      Il faut savoir être lucide et objectif, même quand on est passionné comme je le suis du bonhomme. C’est loin d’être un enfant de cœur, et des reproches on peut lui en faire. En revanche il faut pouvoir distinguer l’homme de l’artiste. Mais je crois que les deux me fascinent finalement.

      Bien à toi et à bientôt pour le 3ème épisode !

      Ben

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  2. 24/05/18

    Dylan souffle aujourd’hui ses 77 bougies et j’achève moi aussi ma lecture de ce deuxième épisode.

    Chronique très bien menée, dans la continuité de la première, j’ai particulièrement aimé le passage où tu nous livre ce moment de complicité entre Bob et Tony Garnier. Beaucoup de mystère autour de cette relation atypique artiste/musicien, je pense qu’un jour, on saura davantage de choses…

    Deuxième remarque qui me vient à l’esprit en te lisant : tu mentionnes Bob, son rapport aux lieux/espaces géographiques, et la distance immense (déconnexion ?), paradoxale qu’il semble y avoir entre lui et ce monde là.

    Moi, je pense qu’il a encore très bien conscience des endroits où il va…

    Mais, c’est vrai, on peut se questionner, après tout : pourquoi s’ennuie t-il à venir dans ce bled paumé d’Allemagne alors qu’à son âge et avec sa carrière il pourrait se contenter de résidences à vie à Vegas ou dans les salles les plus prestigieuses de son pays (genre Springsteen à Broadway) ? La salle de Biefelfd n’a pas l’air plus grande que la patinoire de Mériadeck où Bob s’était produit à Bordeaux il y a quelques années, ou même celle du Jardin des Plantes de Montauban où il est allé jouer aussi. (Bob à Montauban, oui, à Montauban, on ne va pas me dire que ce type est comme les autres).

    Et pourtant il est là. Avec cette forme de distance scénique, toujours (timidité, trac ?), que certains, qui ne le connaissent pas, interprètent comme de l’arrogance, mais qui, pour moi, le classe au dessus de la nuée des monstres sacrés du rock.

    Pourquoi ?

    C’est dans ta chronique : le public sera traité à Biefeld comme il sera traité au Beacon Theater de New York. A Albi comme au festival Desert Trip à Indio. Peu importe le parterre qui lui fait face, le prix des tickets, l’affiche, Bob n’est pas là pour faire des courbettes aux mecs qui ont payé 300 euros pour être en sa présence, pour faire faire un ridicule show à la carte ou marier deux pèquenauds sur scène. Il a toujours été dans le mouvement et c’est aussi ce que j’ai perçu lorsque tu as commenté « Blowin’ In the Wind ». A ta manière, tu lui rends également hommage dans ton approche de cette série de concerts.

    Tu apprécies la géographie visiblement, moi, il se trouve que mon truc, c’est l’Histoire !

    J’aime bien l’idée de comparer Bob Dylan à un aède, à un poète antique : la même confrontation (souvent tragique) de l’Humain à son chaos. (« The whole world behind me burned »)

    Une chanson de Bob Dylan, comme un de ses concerts d’ailleurs, flotte toujours quelque part entre deux mondes, entre deux âges, comme lui, et comme nous grâce à ses paroles. Il persiste à emmener sur la route ce set figé de titres qui parlent finalement plus ou moins de la même chose (« une longue route qui mène aux cieux », c’est dans Tryin’ To Get To Heaven, Desolation Row, Blowin’ In The Wind, et aussi dans ta chronique !).

    Dernière remarque, la plus importante : tu fumes vraiment beaucoup trop !!! 😉

    Allez, bravo encore pour ce récit qui fait réfléchir, donne envie de discuter et surtout d’avoir la suite !!

    Tom Paine

    J'aime

    1. Cher Tom Paine,

      Tout d’abord merci pour ta longue réaction à ce deuxième épisode.

      Bob ne doit certainement pas prêter autant attention à l’histoire et la géographie que nous deux réunis !! 🙂 Bien sûr je n’en sais rien, et ce ne sont que des suppositions mais je reste persuadé que tout cela lui passe au dessus du chapeau. Comme je l’expliquais, et tu le reprends très bien, peut importe le lieu, le public sera traité de la même manière. Il n’y a aucune logique, seulement la scène qui est au centre de tout, et lui au milieu de ces « millions faces at my feet ». Cela ne veut pas dire qu’il se fiche du monde, mais ça je n’ai pas besoins de le prouver à quelqu’un comme toi (mais plutôt au commun des mortels…)

      « the whole world behind me burned », j’apprécie beaucoup ton image de l’aède tragique et persécuté. Oui il y a de ça. Bob Dylan (l’homme et l’artiste confondu cette fois) ont dû beaucoup souffrir pour en arriver à ça aujourd’hui. Cela se ressent dans ses textes, tout au long de sa carrière. Oui je le vois comme un artiste martyr parce que ce qu’il a toujours fait n’avait de raisons d’exister que pour rentrer en collision avec l’Époque présente, que ce soit pendant le début des années 60 comme plus tard lors de sa tournée Born Again. Il y a une incroyable réflexion de la part du bonhomme dans ses choix artistiques et on est en droit de se poser une autre question: Simple choix artistique ou conviction sans borne? La période chrétienne me vient en tête mais pas que…ses choix scéniques m’intriguent, ses personnalités (« Je est un autre »), ses styles musicaux aussi. Il y a de quoi se fâcher quand on est un hippie en 1968 et que tout ce qu’on entend de Dylan c’est « Blue Moon » (!!!)

      Voilà la réelle passion que je porte au travers des concerts de Dylan: Cerner ce tout impossible. Du moins essayer de l’interpréter, si bien que je ne fais pas que écouter la musique, je pense et réfléchi beaucoup quand j’ai l’homme en face de moi (et la chair de poule quand celui-ci rentre en une sorte de transe chamanique). Je ne fais pas que fumer et boire de la bière mais ça doit m’aider à interpréter certaines choses 😀

      Quelle complexité que cet homme ! Quel génie ! On touche du doigt son aura pour 1h40, ou bien on repart fâcher à la maison, et tant pis pour soit ! Je crois qu’il n’a jamais tort… mais que c’est à nous de nous adapter continuellement à son génie justement.

      Bon je m’arrête là, tentant d’intercepter une chanson qui flotterait entre deux mondes, mais il est tard et je dois aller au lit. Peut-être que je l’attraperais du bout de mes rêves cette nuit…?

      Merci pour votre fidélité Mister Paine et Mister Sardequin

      Gengis Ben

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