1/4 – A Rovin’ Gambler not bored – German Trip #2

celia thaxter

Il est 7 h quand je quitte mes montagnes ce matin-là. Pas de train, pas de car, cette fois, je démarre ma fidèle Peugeot 307 – altmost From a Buick 6 – et j’embarque avec moi 8 co’ voit (pas tous en même temps rassurez-vous pour eux) à travers l’Est de la France et un bout de l’Allemagne. De chouettes rencontres parmi lesquelles Tiss, l’actuel batteur de Christine Ringer, ramassé à Dijon pour le conduire dans une salle de concert proche de Nancy. Le jazz c’est sa vie, la batterie particulièrement. Qu’elle est longue la route pour atteindre un tel niveau. Je me régale de ses anecdotes de musicien et il me souhaite bonne chance pour mes concerts Dylaniens à venir.

Il m’en faudra de la chance, un peu, voire beaucoup, parce que je me suis fixé un objectif sur cette tournée allemande : rentrer gratuitement sur 3 dates : Krefeld, Bielefeld et Nuremberg au programme de la tournée sans fin de Bob Dylan. J’en ferais une 4ème mais avec un ticket. En effet Baden Baden affiche complet depuis longtemps dans une petite salle de 2000 places seulement. J’ai réussi à me procurer un billet au 14 ème rang plein centre pour un prix défiant mes principes. Mais tant pis, c’est Bob et il sera bien emmerdé s’il voit que je manque à l’appel. Plus sérieusement, c’est mon dernier concert sur cette tournée et qui sait quand je le reverrais…

19 avril 2018, Krefeld

J’ai roulé toute la journée. 12 heures sous un soleil presque estival, à ne rien comprendre face à des panneaux allemands qui m’emmènent dans des directions loufoques. Ici, il n’est pas question de Highway 61, ni revu, ni corrigé, c’est le bordel et je me traîne sur des petites routes de campagne avant d’atteindre difficilement un semblant de voie rapide peu avant Cologne (prononcez Köln) et je me demande pourquoi on s’obstine en France à prononcer les noms de villes différemment des locaux. Bien sûr, il y a certainement des arguments acceptables mais quand on est dans sa bagnole à chercher sa route c’est chiant de ne pas comprendre où l’on va. « Procure toi une carte nigaud ! » me direz-vous. Et vous auriez raison. En plus j’adore ça moi les cartes, mais j’ai voulu faire mon radin sur ce coup-là alors tant pis pour les nerfs ! Je finis par arriver aux abords de Krefled, une ville tranquille plutôt agréable, tout est clean, à sa place, rassurant… Heureusement il y a moi au milieu de toute cette quiétude pour décrocher quelques coups de klaxons à des allemands trop sages qui n’apprécient pas mes demi-tour de chauffeur paumé !

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Ma logeuse Air BnB m’accueille. Il est 20 h. Un journal est ouvert sur la table à manger. Elle n’en revient pas que Bob Dylan se produise dans sa ville où il ne doit pas se passer grand chose. Elle me demande où je vais après le concert du lendemain, n’ayant pas réservé de nuitée chez elle. Je lui explique que je dormirais sans doute dans ma voiture vue qu’elle a déjà quelqu’un qui a réservé. « No, no, I’ll find you a bed ! ». Ok, me voici donc logé pour 2 jours à Krefled, et sans supplément ! Ça commence bien mais pour que tout soit parfait, il me faudrait une bonne bière. Elle m’indique alors une forêt avec une immense terrasse où ils servent de la bière et de la nourriture jusqu’à tard. Sont forts ces allemands, tout ce que j’aime, des arbres, des bretzels et des litres de bières  L’endroit est parfait. Je galère à me faire comprendre, les quelques serveurs ici n’ont pas l’air de parler anglais et malheureusement je ne maîtrise pas un mot de leur langue. Fort heureusement peu importe le pays traversé, avec quelques pièces de monnaie, on arrive toujours à ses fins et je m’assois enfin pour déguster mon breuvage en commençant la lecture du Panégyrique de Guy Debord qui m’a été vivement conseillé par Robert Martin. Le jour se fait la malle. Tout devient sombre autour de moi. Les gens commencent à partir et je fume une dernière cigarette en pensant au concert du lendemain avant de faire comme eux. See you tomorrow Bob !

20 avril 2018, Krefeld

Cloches sonnez quand, heureux et inconnu, j’entre dans la ville…

Il semblerait que je sois au bon endroit même si j’avance sur un fil fragile, un mythe sous le bras, une plume dans la main, jeune pour toujours. Dylan est là quelque part et je n’arrive pas à croire que moi, du haut de mes 28 ans, je puisse m’immiscer dans son espace le temps de quelques jours. Les portes auraient dû se refermer depuis trop longtemps déjà mais la route est encore longue…

J’écris ces quelques lignes et le vent caresse les feuilles de mon carnet, j’ai les cheveux qui se baladent dans les airs, mes pensées cherchent des réponses. En cet instant, je grave dans ma mémoire un souvenir indélébile, je le sais, et il y en aura d’autres dans les prochains jours.

Un jus de mangue carotte et un café plus tard, à moi l’aventure ! J’ai un gospel qui trottine dans la tête, cela a dû commencer quand j’avais 2 ans, j’étais jeune vous savez… Je contemple l’église en brique rouge qui est un appel à la méditation à elle seule. Avant de quitter ma place au soleil, je souris et ressens la joie d’être de nouveau sur la route. A chaque angle de rue tout autour de moi, je retrouve cette étrangeté citadine qui fait partie à chacun de mes voyages : je perds toute familiarité et partout où se pose mon regard il y a un gouffre, quelque chose à explorer mais trop futile pour l’attraper. Le goût du café me rappelle la Scandinavie, je suis un fantôme vagabond et solitaire. Toujours au bon endroit….

Le clocher indique 10h22. Le centre du pendule est bleu comme le ciel. Un monsieur âgé me sourit et me dit quelque chose en allemand que je ne comprends pas. Je souris en retour et reprends ma route.

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Un petit détour par la salle s’impose, histoire de voir si les bus sont là. Les techniciens ont déjà tout sorti des trucks et je vois les « beat the streets » parqués sur le côté. Nothing happened very much, il est trop tôt pour les balances, Bob doit être à son hôtel. Je décide d’aller déjeuner aux Pays-Bas voisin, Krefled est situé proche de la frontière.

Je tombe alors sur le plus grand disquaire qu’il m’ait été offert de voir en ce bas monde. Il y a du neuf mais il y a surtout beaucoup d’anciens. Je passe plus d’une heure dans ce paradis pour mélomane et repart les bras chargés de quelques pépites que je recherche depuis un moment.

De retour en Allemagne, je vais chercher mon amie Laurette qui suit la tournée de Bob depuis Lisbonne. Je la retrouve à la gare, épuisée après un long périple en train mais heureuse d’être là. Le show d’hier soir à Leipzig était bon même si elle trouve que Bob est fatigué sur cette tournée. Nous nous arrêtons manger un bout avant de retrouver Julien, un autre Bobcat belge qui est venu spécialement de Bruxelles en voiture pour assister à son 3ème concert sur cette tournée printanière. Je l’avais déjà croisé rapidement l’an passé au concert d’Anvers et nous passons un super moment à discuter. C’est vraiment un chouette type qui a la même passion que moi pour Dylan. Je mets mon chapeau porte bonheur avant de sortir mon panneau sur lequel est écrit :

« Do you want to make me happy ?I’m looking for 1 friendly ticket ».

Quelques personnes s’amusent de ce message, d’autres ne comprennent pas, et beaucoup me demande ce que j’entends par « friendly ticket ». A chaque fois, je prends le temps de leur expliquer ma démarche : je viens de loin, je suis passionné par Bob Dylan mais il me coûte trop cher pour pouvoir acheter un billet tous les soirs, alors plutôt que de rentrer dans la salle avec un billet en trop, je serais ravi de venir avec eux. En plus, je paye la bière ! Étant donné que ce sont généralement des personnes qui ont une place à vendre qui viennent à ma rencontre, je les invite toujours à essayer de vendre leur billet en premier. Généralement, 2 heures avant le concert, je fais marrer les gens et quand ils sont sympas ils me souhaitent bonne chance ou bien s’excusent de ne pas avoir un billet en trop pour moi. J’ai toujours le sourire et même quand les gens m’ignorent je leur souhaitent un bon concert et leur dis que « Bob is in a good mood ! »

Il faut savoir que sur la tournée de Dylan il y a ce qu’on appelle les scalper, des types pas nets qui veulent se faire de l’argent en revendant des billets de concerts, ceux-là, on les évite avec Laurette. Ils sont souvent agressifs et rachètent des billets au maximum de personnes cherchant à en vendre en dessous du prix d’achat pour les revendre quelques minutes plus tard aux retardataires. Bien évidemment, leur marge est importante. Chacun son truc ! Eux c’est l’argent. Moi, c’est Dylan et ce soir je rentrerais !

Je vois passer beaucoup de visages, je suis même interviewé par le journal local ! Débarque un type avec un tee-shirt de Neil Young. Je lui dis qu’il est bon aussi « the Loner » et que j’aimerais bien le voir en concert mais que ce soir c’est Dylan que je suis venu applaudir après 12 heures de route ! Il apprécie ma démarche et un ami à lui n’a pas pu venir. C’est l’occaz ! Il me demande combien je peux dépenser ? Le concert démarre dans 15 minutes et je n’ai plus de temps à perdre si je veux espérer rentrer dans la salle, je lui propose 20€ pour payer la tournée de bières à ses potes. Il accepte ! Je rode encore quelques minutes afin de dégoter un billet pour Laurette mais celle-ci insiste pour que je rentre vite afin de ne pas manquer le début du concert. Je suis déçu qu’elle reste sur la touche mais c’est le jeu.

Je rentre donc dans l’Arena grâce à mon bienfaiteur, qui en plus a réservé des bon sièges sur le côté droit de la scène. Je verrais Bob jouer au piano toute la soirée, et cette fois j’ai prévu les jumelles ! Je suis en sueur quand je rejoins mon siège, Stu rentre sur scène 5 minutes plus tard, il est 19h58, Bob démarre son concert à 20h tapante, les vieux et l’horaire… !

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Comme à chaque fois mes sentiments s’emballent, je suis soulagé et tellement heureux d’être là ! Bob a une tenue dorée brillante et le Band est tout de noir vêtu. Le public est poli quoique plutôt expressif en début de concert, ce qui me surprend de leur part ! Dylan se met tranquillement dans le mouvement, Things Have Changed est manqué, le son n’est pas au point. Heureusement le Band se remet sur les rails et Bob déclenche la magie avec un piano improvisé sur Don’t Think Twice qui m’a beaucoup ému. Waooo, maintenant j’y suis, je ne lâche pas une seconde du concert quand la machine nous entraîne sur une route 61 (presque) abandonnée, hantée par les Grands Esprits du Blues et un piano qui roule et qui brille par ses sauts d’humeur. Il n’y a plus de doute, Bob est aux commandes !

Krefeld, Germany
KönigPALAST
April 19, 2018

1. Things Have Changed
2. Don’t Think Twice, It’s All Right
3. Highway 61 Revisited
4. Simple Twist Of Fate
5. Duquesne Whistle
6. Melancholy Mood
7. Honest With Me
8. Tryin’ To Get To Heaven
9. Come Rain Or Come Shine
10. Pay In Blood
11. Tangled Up In Blue
12. Early Roman Kings
13. Desolation Row
14. Love Sick
15. Autumn Leaves
16. Thunder On The Mountain
17. Soon After Midnight
18. Long and Wasted Years

(encore)
19. Blowin’ In The Wind
20. Ballad Of A Thin Man

Je crois que c’est la première fois que j’ai droit à Simple Twist of Fate, qui n’est pas ma chanson favorite mais quand même bien exécutée. J’ai remarqué des modifications dans le texte (il est notamment question d’année 1958 : « back in 1958… » à moins que ce soit 1968 ?). La construction du set est solide, les morceaux s’enchaînent très bien et se complètent les uns aux autres. Bob sait exactement quelle énergie déployée et à quel moment. Cependant, il ne fait pas de grands efforts sur Duquesne Whistle qu’il a plus tendance à chuchoter comme Simple Twist of Fate juste avant…une baisse de régime déjà ? Mais sa voix reprend des couleurs avec un superbe Melancholy Mood. Qu’on se le dise, les chansons de Franck Sinatra ont été chaleureusement applaudies lors des 4 concerts auxquels j’ai assisté. Ne me demandez pas pourquoi, je n’ai pas les réponses ! Plus d’une vingtaine de Bobcats ont quitté la route du NET depuis qu’il chante du Sinatra et qu’il joue un set figé. Ils ne sont plus qu’une poignée à suivre Bob sur la tournée dans son intégralité, dont mon amie Laurette. Les plus timides vont faire le début de la tournée, et beaucoup préfèrent les fins de tournée. J’ai quitté la caravane où ça devenait intéressant puisqu’il terminait par 3 concerts en Italie. Quasiment tout ceux que j’ai croisé en Allemagne, et que l’on pourrait mettre dans la catégorie des « Bobcats », allaient à Vérone la semaine suivante. Not me… mais vu ce que j’ai vécu pendant 4 soirées, c’est sans regret. Alors pour en revenir à nos moutons, pourquoi diable y-a-t-il encore un public pour applaudir les reprises avant même qu’il ai commencé à chanter. Serait-ce parce qu’il fait ça très bien ?! Contrairement à toutes les chansons de son répertoire qui sont revues et embellies soir après soir, les reprises sont statiques et sans surprise, même la chorégraphie de Bob est millimétré, mais mettons les choses à plat dès maintenant : c’est de la dentelle ! D’une justesse absolument dingue et une voix…dont je ne me remets toujours pas. Et puis il prend le devant (ou le derrière…?) de la scène avec un micro center stage. On a eu droit à 3 reprises, c’est bien, je n’en aurais pas pris plus mais j’ai apprécié les 3, et particulièrement ce Melancholy Mood du premier soir. Par la suite, je lui préférais Come Rain or Come Shine qui a fait son apparition sur cette tournée et c’est plutôt bien Bob, c’est plutôt bien….Bon et puis j’imagine que beaucoup reconnaissait mieux les reprises de Sinatra que le répertoire de Dylan… triste monde.

Je suis hypnotisé et concentré par le concert en observant Bob aux jumelles qui est un exercice nouveau pour moi. C’est une manière différente d’apprécier sa présence, surtout j’arrive à voir ses rares expressions car, même si le corps bouge, son visage reste bien souvent figé. Il ressort des placards le très bon Honest With Me que j’ai toujours apprécié, surtout à Genève en 2011, avec la voix déglinguée c’était quelque chose de l’entendre s’époumoner :

My woman got a face like a teddy bear
She’s tossin’ a baseball bat in the air

Et bien ça l’est encore aujourd’hui, il a su transformer le morceau pour en faire un rock à la fois lourd et solide tout en conservant une ligne jazzy originale, très différente de la version studio. C’est réussi et le Band commence à se faire plaisir ce soir avec cette chanson.

Depuis le début du concert j’attends avec impatience Tryin to get to Heaven pour plusieurs raisons. Premièrement, parce que c’est l’une de mes chansons favorites sur le Graal Time out of Mind. Deuxièmement, parce qu’il y a dans cette chanson les 2 derniers couplets que je rêve d’entendre avec Dylan en face de moi. Troisièmement, parce que je n’ai jamais eu la chance de l’entendre en Live. Oui mais voilà, j’ai été assez critique envers cette chanson à cause de l’arrangement que je n’ai entendu qu’en bootleg sur internet, on sait que chaque écoute est différente, voyons voir ce que ça va donner. Je chope mes jumelles et rigole dès le début de la chanson quand le public croit reconnaître Desolation Row, c’est vrai que le début est similaire… et bien je ne suis pas déçu, et surtout très ému de l’entendre chanter ce texte que je trouve absolument sublime depuis très longtemps. Et que je connais par cœur. En revanche, je n’arrive pas à déceler la nostalgie comme sur les versions de 2011 qui reste selon moi les meilleures depuis la parution de ce morceau en 1997. Peut être manque-t-il un harmonica ? Mais bien sûr qu’il manque un harmonica !!! Grand Dieu, j’ai envie d’être une petite souris et de souffler à Bob que non, la réponse n’est pas dans le vent, mais dans l’un de ses 8 harmonicas posés juste à côté de lui ! Je le sais, des photos ont fuitées où l’on voit les jolies dentiers qui n’attendent qu’à être arrosé de la salive d’un vieux sénile…oula désolé je m’emballe…n’empêche qu’ils y sont ! ALORS POURQUOI BOB???POURQUOI ??? Mon amie Laurette lui prétexte des problèmes de santé, notamment des poumons…mouai, je n’y crois pas un seul instant, s’il a l’énergie pour s’enchaîner 30 concerts à bientôt 77 ans, il a aussi la force pour sortir 3 notes sur cette sublime ballade qu’est Tryin to Get to Heaven. Comme pour la guitare électrique qu’il a longtemps gardée branchée sur scène, sans même en jouer pendant des années, il doit conserver ses Hohner comme un talisman qui doivent le rassurer. Et puis Bob n’est jamais à l’abri d’une impro quelconque…

Bon à défaut d’avoir de l’harmonica dans les oreilles, je remarque depuis 2 ans que le piano a bien plus de place et qu’il en joue très bien. Beaucoup de morceaux sont articulés autour de l’instrument de Bob, c’est le cas de Pay in Blood qui a le droit à un nouveau lifting, et réussi ! J’en avais un peu marre de l’entendre mais à Krefeld ils ont revu l’arrangement et ça swingue ! Si, si ! Et tout le monde sur scène a les yeux rivés sur…Bob et son touché improbable. Il met beaucoup d’énergie sur les 88 touches de son Grand piano et ça continue sur Tangled up in Blue, beaucoup plus tranquille, elle a été totalement corrigée pour offrir un moment d’éternité à Bob qui se régale à tordre les couplets tout en pianotant de jolies notes…bon si vous voulez mon ressenti je vous dirais que ce nouvel arrangement ne colle pas exactement au texte, mais après tout, pourquoi pas…

Early Roman Kings déménage, je risque de me répéter mais cette chanson est devenue indispensable au set de Bob, et pour le coup c’est Charlie qui se fait plaisir avec une guitare qui secoue les tympans des petits vieux qui commençaient à s’endormir au premier rang… Je gueule plus que de coutume sur le 4ème couplet :

I ain’t dead yet
Ma Bell still rings
I keep my fingers crossed
Like them early roman kings

Désolé mes voisins et voisines, mais à chaque fois, c’est plus fort que moi. Je me marre et je crie, comme pour dire à Bobby que je suis d’accord avec lui. Je sais pas, il y a un truc que j’adore dans Early Roman Kings, une fraîcheur que seul un vieux crooner sait faire paraître

I can dress up your wounds
With a blood-clotted rag
I ain’t afraid to make love
To a bitch or a hag

Ouai, c’est tranchant, ça roule, ça fuse même ! La diction est impeccable, on croirait l’entendre faire un slam. Moi ça me remue le bide et je me dis qu’il a la classe. Ce morceau prend tout son sens en concert, keep going Bob, keep going…

Bien cette fois on ne s’y trompe pas, c’est bel et bien Desolation Row qui démarre et le public commence à taper des mains comme à Madrid, sauf que ça ne vient pas volontairement de Bob, alors il ne mord pas à l’hameçon et se métamorphose le temps d’une chanson. En fait, chaque membre du groupe se métamorphose quand est venu le moment de jouer Desolation Row. Mon ressenti est clair à ce sujet, c’est la plus grande chanson dans le set actuel. On sait tous que Desolation Row est une grande chanson, point à la ligne. Ouai mais il pourrait se planter en concert avec et alors elle passerait à la trappe comme il le fait selon moi avec Tangled up in Blue. Il a interprété cette chanson 567 fois. Sur les 567, j’ai dû être présent à 10 représentations. Ce fut à chaque fois un choc (particulièrement Bercy 2011 et Seine Musicale 2017). Ce soir à Krefeld je prends un pied fou bien évidemment, comme le reste du groupe et il y a de nombreux échanges entre Tony et Bob, les deux rigolent et se renvoient la balle. Bob sait être expressif et ce soir c’est sur ce morceau légendaire qu’il se dévoile. C’est super, c’est parfait, mais ce n’est rien comparé à ce qui m’attends dans quelques jours à Nuremberg…J’y reviendrais.

La fin de concert arrive déjà, Love Sick me surprend car cette année Bob n’est pas center stage mais derrière le piano, et cela donne du relief à la chanson. C’est moins « dark », je préférais la version de 2017 mais musicalement, elle est bien plus intéressante, avec des parties guitare/piano qui me donnent des frissons.

Thunder on the Moutain fait remuer l’audience mais on ne sait toujours pas où est passé Alicia Keys…

« I been looking for her even clear through Tennessee »

Comme à chaque fois, j’ai bien envie d’aller faire un petit tour dans la fosse pour le rappel, même si ce n’est pas gagné. Je me lève de mon siège pour Long & Wasted Years et reste dans les gradins en me mettant tout à fait à droite de la scène, debout, je surplombe le monde, le son est pourri mais pas grave, je me lance dans une chorégraphie digne de…Bob Dylan, et l’espace de 3 minutes, je récite la chanson en même temps que l’homme « qui porte des lunettes noires » je suis littéralement le Roi du Monde et m’éclate comme un petit fou.

I wear dark glasses to cover my eyes
There are secrets in them I can’t disguise
Come back baby if I ever hurt your feelings I apologize

I think that when my back was turned
The whole world behind me burned

Ouai, je pense aussi mon pote. Quelle putain de chanson…

Bon par contre je ne suis pas très objectif, ce soir à Krefeld, elle manquait énormément d’intensité, mais rassurez-vous, j’étais derrière pour relever le niveau !

Bon au moment de descendre des gradins pour rejoindre la fosse, moi et quelques acolytes sommes stoppés net par quelques singes de la sécurité. Désolé, je n’ai aucune sympathie pour la sécurité dans une salle de concert, je veux bien croire qu’il y ait des ordres mais de là à vouloir barrer la route à de nombreuses personnes qui s’approchent de la scène après le rappel… il y a des limites. Personne ne court, personne ne crie, nous avançons juste gentiment vers la scène et sommes arrêtés comme si nous nous apprêtions à sortir un flingue. « C’EST LA FIN DU CONCERT LES MECS ! »

Je me serais posé la question à de nombreuses reprises au cours de mon voyage : Pourquoi diable est ce que la sécurité est-elle aussi rude aux concerts de Dylan ? Un choix délibéré de son entourage ? De l’homme lui-même ? J’ai vu les prix de ses concerts exploser, surtout depuis son prix Nobel de littérature, c’est certains, il semble s’adresser à un public différent, plus snob, plus aisé. Je crache ici ma déception cher lecteur, ce n’est plus du tout l’ambiance que j’ai connu 10 ans en arrière. Je me souviens comme si c’était hier de mon 1er concert de Bob Dylan au Palais des Congrès de Paris le 7 avril 2009, il y avait de TOUT : des jeunes, des têtes grises, des post hippies, des nouveaux hippies, des bobos, des enfants, des Hugues Aufray (à vrai dire, 1 Hugues Aufray et c’est bien suffisant),… je garde cela en tête et ça m’avait surpris de voir toutes ces tranches d’âges au porte monnaie décidément bien large. Bob était intergénérationnel et je trouvais ça génial !

Plus de ça aujourd’hui, avec des places qui frôlent le ridicule (400€ à Madrid pour ne citer qu’un exemple…), l’audience n’est pas celle que j’imaginais pour un concert de Dylan. Bref, je me suis vraiment demandé si c’est Bob qui voulait trier tout ce beau monde en proposant des places très chers, ou s’il n’en avait pas la moindre conscience. Donc au moment du rappel, ce ne sont que des types comme moi, qui ont passés un chouette moment et que les 2 litres de bières enquillées ont fait se lever de leur siège (et parce que le concert était bon). Sauf que ça ne veut pas prendre et nous nous faisons copieusement dégager par des hommes sans cervelles. Bob c’est toi qui dicte les règles ? Que c’est nul de voir tes concerts se terminer assis alors qu’on a qu’une envie, venir applaudir et danser sur Blowin in the Wind (si,si je vous assure, ça marche!) et lever son chapeau sur Ballad of a Thin Man. A la place je reste seul à résister face aux gorilles et je finis par prendre congé sur un siège vide situé au 3ème rang tout à droite où je suis terriblement frustré. Je ne profiterais pas vraiment du rappel ce soir là, enfin si, un petit peu quand même sur la Ballade de l’homme Maigre qui est le meilleur des finish ! Les gens applaudissent, mais ont-il vraiment compris les paroles ? Ont-ils vraiment appréciés l’artiste qu’ils avaient en face d’eux ? Je repars avec des doutes mais je suis heureux de ce concert. Certes, chacun est libre d’apprécier un concert comme il l’entends et si c’est en étant assis sans bouger d’un iota, qu’il en soit ainsi ! C’est peut être moi qui aies tort mais moi les meilleurs concerts du Zim, c’est debout que je les ai vécus.

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Je rejoins Laurette qui malheureusement n’a pas pu rentrer ce soir et qui attend aux grilles que les autobus sortent. Bizarrement ils sont toujours sur place alors que le concert est terminé depuis bientôt 10 minutes. Elle m’explique que les membres du groupe sont rentrés aussitôt la fin du concert mais qu’elle n’a pas vu Baron (un des 2 gardes du corps de Dylan), ce qui signifie que Bob est encore dans la salle….ah ? Au bout de quelques minutes on voit un petit groupe de personnes quitter les lieux, sans doute des connaissances de Mr Dylan ? Baron apparaît, sans Bob bien évidemment qui a du quitter discrètement sa loge pour se réfugier dans son bus perso. Nous sommes aux premières loges pour dire au revoir aux 2 autobus, « Thank you Bob, see you in Bielfeld !!! »

Je termine la soirée avec mon ami Julien à parler de Dylan, des Stones, de poésie, de nos vies…il est déjà demain, l’heure de se dire au revoir et à bientôt sur la route du Never Ending Tour !

[A SUIVRE…]

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3 commentaires sur “1/4 – A Rovin’ Gambler not bored – German Trip #2

  1. En quelques mots : merci, on voyage avec toi !!

    Super générosité dans ton partage : Tempest en fond sonore pour lire ta review (play it fuckin’ loud), et je suis parti pour un bon quart d’heure (trop court) sur ce road trip en compagnie du Barde !

    Je l’ai même relu deux fois, et j’attend la suite avec impatience. Pas de doute : « les temps sont fous et les gens étranges » (ce sont d’ailleurs eux qui devraient avoir honte de ne pas connaître chaque respiration de Wasted Years comme tu le fais !), mais, dans ce monde où les choses se désintègrent en silence (like Thunder), Old Bob est toujours là, et nous derrière lui, comme pour lui rappeler de convoquer l’électricité de temps en temps !!

    Bravo, vivement les trois autres !!

    Aimé par 2 personnes

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