Slow Train Coming – A German Trip — juin 2015 (par gengis_khan)

Slow Train Coming, a German Trip, juin 2015 
gengis_khan


J’ai attendu tout l’hiver dans ma chaumière montagnarde l’annonce des dates de la prochaine tournée de Bob Dylan, espérant bien évidemment qu’il se décide à venir passer l’été en Europe. Et puis un jour c’est officiel, après avoir terminé son leg américain à South Bend dans l’Indiana, il reviendra pour la énième fois sur le vieux continent depuis l’année de ma naissance et le début de son Never Ending Tour. Je regarde les dates annoncées sur le site officiel de Bob. Il y a le choix, je ne reprends le boulot que le 1er juillet. « Choisi ta destination son. » Et pourquoi pas un début de tournée ? Je n’en ai jamais fait. L’an passé j’étais allé le voir à Dublin avec un ami mais c’était la seconde date. Et même si je m’étais bouché les oreilles pour ne pas entendre ce qu’il en était pour la setlist afin d’avoir la surprise, démarrer le Tour avec le Band et Bobby, ça doit être quelque chose !

Quelques clics de souris plus tard et des euros en moins dans le porte monnaie, me voici prêt à aller applaudir Bob Dylan en Allemagne à Mayence (prononcé Mainz) une première après la France, la Suisse, les Pays Bas, l’Italie et l’Irlande. Ça tombe bien, je vais en profiter pour faire un peu de tourisme et boire de la bière. Je voyage seul. J’ai toujours aimé voyager en solitaire, on rencontre plus facilement les gens et au moins on peut écouter de la bonne musique !

Le sac plein à craquer, je pars d’Angers à la fraîche en seconde classe en marquant un arrêt par Lyon afin d’aller voir mon beau frère qui est hospitalisé. Je penserais à lui tout au long de ce long été 2015 en espérant que sa carcasse en friche se remette le plus vite possible. Je reviendrais « l’enlever » sur le chemin du retour pour faire le trajet en train jusqu’à Angers où il retrouvera ma sœur et leurs 2 enfants. Et même que le 13 juillet on ira voir le vieux barde à Poupet, ensemble, « promis frangin »

J’ai un blablacar qui part à minuit de Lyon pour rejoindre Strasbourg, «il est tôt après minuit…. » j’attends patiemment sous un réverbère solitaire qui me fait ressembler à une chose orange et étrange dans cette nuit lyonnaise. Mon pilote arménien m’enlève à 00h15 et nous voilà lancé sur une autoroute détrempée à plus de 160 km/h de moyenne… David, c’est son nom, n’aime pas trop rouler seul, alors pour s’occuper lors de ses déplacements nocturnes (il est livreur), il fait du co-voit. Il aime les bagnoles et rouler vite sur les autoroutes en sachant éviter tous les radars fixes : « à force de faire la même route on sait où ils sont », et moi aussi je sais où ils sont quand le Sprinter passe de 180 km/h à 130 km/h en 2 secondes c’est qu’il y en a un pas loin ! David aime aussi parler, ce qui fait que je n’aurais pas beaucoup dormi sur ce long trajet houleux.

Strasbourg par un matin du mois de juin. Il fait froid et encore nuit quand mon chauffeur fou me dépose à la gare. J’en profite pour faire un som’ dans le hall glacé de la gare, fatigué après cette causerie nocturne. Un café plus tard me voici à gravir le clocher de la magnifique cathédrale alsacienne où j’ai une vue magnifique sur la vieille ville. Je vais terminer ma sieste en début d’après midi le long des canaux en attendant mon nouveau co voit. Nous sommes alors 4 mecs dans la petite renault twingo surchargée, en route pour un bled proche de Mayence. Je sympathise avec mes co voit, on parle musique évidement, voyage, sport et Allemagne ! J’ai hâte d’y être. On me dépose sous une pluie fine mais je suis encore loin du centre de Mayence, je commence à lever le pouce avec l’un des co voit qui est descendu au même endroit que moi. Autant vous dire que faire du stop en Allemagne ne m’a conduit à rien, sinon à avoir l’impression d’être un fantôme. Personne ne nous calcul, nous nous sentons pire que des pestiférés ! On tente notre chance dans une station essence. Pas mieux. Les allemands n’ont rien de sympathique par ici….j’espère que l’ambiance lors du concert sera différente.

On boucle nos 2 heures à attendre une bagnole pour finir…dans un train ! après avoir longuement marché et papoté jusqu’à la gare ferroviaire. La voiture sur rail nous emmène en un rien de temps dans le centre ville de Mayence. N’ayant pas vraiment les moyens pour un hôtel, j’ai repéré avant de venir un camping situé en extérieur de la ville mais pas si loin du lieu où doit se tenir le concert du lendemain. Je passe un temps fou à retrouver ce soit disant camping pour terminer ma route face à un portail fermé avec du barbelé tout autour., sans personne pour m’aider. Le camping se tient de l’autre côté de cet obstacle, après avoir passé un ponton qui mène…sur une île! Putain de merde, où suis-je ? Où est ce que je vais planter ma tente ce soir ??? sûrement pas dans la zone industrielle tout autour. Je sonne, je frappe, je crie, j’essaye d’appeler un numéro inconnu…bref, je suis comme un con. De longues minutes plus tard, des gens qui occupent le camping acceptent de m’ouvrir la porte et m’indique la réception. Étrange endroit, blindé de camping car et de mobil-home en tout genre, entouré de joli jardin coquet mais un tantinet kitsch. On dirait qu’ils sont des centaines à vivre ici l’été.Le gérant accepte pour que je plante ma tente 2 nuits moyennant 20€. Je lui réclame une clef pour ouvrir ce fichu portail car je rentrerai tard après le concert le lendemain. Il accepte après avoir hésité, me demandant une caution, de peur que je lui embarque ? Qu’est ce que j’irais foutre d’une clef ! J’installe ma dînette et me met à rêvasser au concert à venir et de la reprise du NET.

Le jour du concert est arrivé. Je me balade dans la jolie ville de Mayence sous un beau soleil estival et retrouve Guillaume (alias Jack Fate) devant le musée consacré à Gutenberg et à l’imprimerie. Nous déambulons entre les vitrines renfermant les trésors de cet homme, natif de Mainz. Avant de se diriger tranquillement vers le festival, on boit des bières en discutant de nos vies et de..Bobby ! Sympathique ! Fan lui aussi du NET, il me conseille l’écoute du live de Prague 1995 pendant que je fume une grande cigarette. Lorsque nous arrivons sur le lieu des hostilités, je tombe sur Laurette, une française qui vit à Angers et qui nous explique comment elle suit Dylan depuis 1979 sur quasiment toutes ses tournées après avoir fait un long break entre 1986 et 2010. Je n’avais encore jamais rencontré de « fan » comme elle, c’est une artiste peintre (« she don’t look back… ») et voyage avec ses petites économies partout où elle peut voir Bobby. Pas question pour elle d’acheter des billets pour les concerts, ses euros vont dans le transport, le logement et la nourriture. Alors elle demande simplement et avec un gentil sourire une place en trop si quelqu’un venait à en avoir une dont il n’a pas besoins… « ça fonctionne dans 90% des cas » me dit-elle, « c’est grâce à cette technique que j’ai pu aller voir Dylan au Japon ou plus récemment aux Etats Unis » Ah ouai !!! C’est pas con même s’il faut oser se pointer devant la salle avec une pancarte…je retiens l’idée et récupère le numéro de Laurette, sait-on jamais, en plus elle habite l’Anjou, tout comme moi durant l’été 2015. « Et tu l’as déjà rencontré Bob ? » tout en discutant elle sort sa pancarte en lançant des regards amicaux aux passants« Ouai à plusieurs reprises, la première fois c’était à San Francisco en 1979 quand il démarrait sa longue tournée Born Again, je l’attendais tous les jours en bas de son hôtel et j’ai eu le privilège d’aller en backstage avec lui une fois… » sacré personnage que Laurette !

Nous rentrons dans cet immense espace découvert rempli de chaise en plastique bleue. Je vais faire quelques photos au devant de la scène et prends mon siège en fumant clope sur clope dans l’attente du maestro. Tous les âges autour de moi mais surtout un jeune couple bien cool qui écoute des chansons de Bob sur leur téléphone en chantant : « people are crazy, and times are strange ! » je souris : « He’ll start the show with this one ! »L’ambiance est bonne enfant, les lumières du jour commencent à faiblir quand Georges balance son grand coup de caisse claire marquant le début du spectacle. Tout le monde arrive sur scène en costard bien assorti, comme toujours. Applaudissement quand Dylan prend sa place center stage.

  1. Things Have Changed
  2. She Belongs To Me
  3. Beyond Here Lies Nothin’
  4. Workingman’s Blues #2
  5. . Duquesne Whistle
  6. Waiting For You
  7. Pay In Blood
  8. Full Moon And Empty Arms
  9. Tangled Up In Blue
  10. To Ramona
  11. Early Roman Kings
  12. Sad Songs And Waltzes (Willie Nelson)
  13. ‘Til I Fell In Love With You
  14. Tweedle Dee & Tweedle Dum
  15. A Hard Rain’s A-Gonna Fall
  16. Ballad Of A Thin Man
  17. All Along the Watchtower

Il faudra attendre Workingman’s Blues #2 pour que le concert m’emporte, et nous emporte dans une autre dimension, comme à chaque fois avec Dylan. C’est mon 11ème concert du Zim et c’est encore différent. Je suis comme une pile électrique sur mon fauteuil inutile, tout est beaucoup trop calme autour de moi, alors je fais du sur place en guettant le jeu du groupe, qui semble au point pour cette première date. Et la surprise du chef fait son apparition. Il chante pour la première fois en concert la plus belle reprise de Sinatra présente sur son dernier Opus Full Moon And Empty Arms. Le public réagit bien à cet hommage et plane sur un tapis auréolé avec Bob aux commandes. Il est dans le concert, rentré dedans tête en avant, mains visées sur le grand piano, et ce n’est pas toujours le cas(!). Il va systématiquement voir Tony entre les chansons. Ça cause sur scène, Donnie prend la lap steel pour finalement se relever et choper la mandoline à la place tout en ayant un œil hagard vers le vieux chapeauté. Une belle valse d’un autre vieux cette fois, Willie Nelson, est interprétée ce soir là Sad Songs And Waltzes. Je ne connaissais pas la chanson, une belle surprise tout en légèreté, ça roule sur la grande scène. Avant ‘Till I fell in love with you, les zicos s’activent, ça parle ouvertement et on ne sait pas à quoi on va avoir droit, quelle excitation ! et le résultat est dément. Il ne l’avait plus jouée sur scène depuis 4 ans et on assiste à une séquence improvisée où Bob s’enflamme avant de clôturer la chanson, accompagné du génial Stu Kimball à la guitare lead. Et déjà je sais que la fin du show sera épique. Je vois 4 ou 5 personnes se lever rapidement et s’avancer au devant de la scène, plus rapide que l’éclair, en une fraction de seconde, je prends mes affaires, m’excuse auprès des voisins situés dans la même rangée que moi et court au devant en évitant un mec de la sécu et ses gros bras. « Essayez toujours les mecs ! », en l’espace de quelques secondes le monde se lève dans la fosse, enfin je suis debout et pile devant Bob au niveau des barrières. Hard Rain est parfaitement maîtrisée, elle aussi rarement jouée, Bob termine le dernier couplet comme maître incontesté de la poésie, une grande force se dégage à ce moment, il a le sourire et termine debout sur son piano en nous regardant. Bam ! Il terminera les festivités sur un monstrueux All Along the Watchtower comme il a su le faire tout au long de sa carrière, les Bobcats en rûte dans la fosse.

Il faut redescendre quand tout s’arrête, j’ai du mal à avoir des mots alors je me mets un sandwich et une bière dans le gosier avec Jack Fate qui m’a rejoint et avec qui on échange nos impressions. A par la lancinante Waiting for You, nous sommes d’accord pour dire que ce premier concert du tour estival 2015 est réussi. Nous devons nous retrouver à Poupet le 13 juillet prochain…l’attente va être longue.

Je rentre je ne sais plus comment à mon camping insulaire et passe le reste de la nuit à écrire. Demain à la première heure je serais parti, direction la gare de Mayence.
Le lendemain je me retrouve dans un petit hall de gare avec le quai A d’un côté, et le B de l’autre. Je vais pour prendre mes billets à un distributeur et au moment de choisir Strasbourg, je tape par curiosité le nom de Tubingen où je sais que Bobby jouera le soir même à guichet fermé. Bien sûr n’ayant pas prévu de m’y prendre, je n’ai pas de billet de concert. La tentation est trop forte et je fais un rapide calcul des sous qui me reste en poche pour tourner le dos au quai A et me précipiter vers le B, ne sachant pas du tout où je vais. Le train défile paisiblement à travers la magnifique forêt noire. Après 2h30 de train, en apesanteur total et ne sachant pas où je dormirais ce soir, je descends dans cette pittoresque ville étudiante où le soleil pointe timidement le bout de son nez. Il ne fait pas chaud et je décide d’aller me poser dans un café afin de recharger les batteries et capter un semblant de wifi, au moins pour connaître l’adresse de la venue. Il se trouve que « le Carré » est situé non loin de la gare et je fais donc demi tour pour aller avec mon gros sac de rando devant les grilles où patientent déjà quelques Bobcats. Je discute avec quelques uns, certains écument le macadam depuis si longtemps pour être là où se trouve le Zim, parfois sans même rentrer dans la salle : « tu as un billet pour ce soir ? » « tu sais j’ai été tellement de fois à l’intérieur…je vais plutôt tenter de me faire quelques euros en vendant mes affiches » me répond un anglais marqué par les années et la bière, je l’ai déjà vu auparavant. Et puis il y a aussi Franky qui joue de la guitare en reprenant les chansons connues de Dylan, celles que l’on n’entendra pas ce soir à coup sûr : « toi qui te fais appeler Franky, sais-tu jouer The Ballad of Frankee Lee & Judas Priest ? » « I don’t know man, I don ‘t know… ».

Je vais faire un tour dans les alentours et entends au loin les balances (c’est un concert en plein air), je m’approche en tentant d’apercevoir quelque chose derrière l’immense bâche en plastique noire tendue sur des hautes grilles. J’ai Donnie en ligne de mire qui s’entête à jouer le même air pendant 20 minutes. Je ne reconnais pas ce qui est joué et me fait gentiment dégager par la sécurité quand je tente une approche par un escalier surélevé qui permet de voir la scène. Bob a donné les consignes ! Je retourne donc le sourire aux lèvres vers l’entrée, hilare. Pendant le trajet en train, j’ai longuement réfléchi à ce que Laurette m’a dit hier à Mayence, et la possibilité de récupérer un billet gratuit auprès de quelqu’un qui en a un de trop. Il faut savoir que Bob Dylan ce n’est pas les Rolling Stones et bien souvent les personnes qui ont acheté un billet en plus(à un prix dément pourtant!), « au cas ou » pour faire plaisir à la belle mère et qui finalement avait mal à la tête le soir venu, se retrouve avec un sésame sans trop savoir quoi en faire puisqu’il y a 9 autres pékins comme lui dont la belle mère a aussi prétexté une baisse de régime, cherchant désespérément un acheteur. Bref, l’offre est plus forte que la demande et après 30 minutes passés à essayer de vendre ce foutu billet, et plutôt que de le jeter (ce serait quand même trop con!), ils peuvent éventuellement en faire profiter un jeune couillon qui est là avec son minuscule papier et qui demande une tite place. Et puis vu qu’il a une bonne gueule et un beau sourire, alors je lui donne ! Ça m’a pris à peu près 20 minutes avant d’obtenir une place gratuite après avoir essuyé quelques refus, polis, d’autres badauds. Je sert dans mes bras mon bienfaiteur en lui expliquant ma démarche et mon voyage, sur la route du Never Ending Tour. Toute la famille réunie est heureuse de me faire plaisir, je leur souhaite une belle soirée.

La météo se dégrade vite et la pluie devient intense quand je pénètre dans l’enceinte verdoyante, en plus le vent se lève, ça caille, je n’ai pas prévu de vêtement de pluie et ne sait toujours pas où je vais dormir après le concert. Mais à ce moment précis je m’en fou et rejoins Laurette qui a elle aussi réussie à obtenir une place. Je discute avec des spectateurs, pour la plupart fan de Dylan eux aussi tout en buvant des bières (parce qu’on est en Allemagne quand même!). La fosse est debout mais plutôt mal foutue, il y a un espace ré haussé de celle-ci en arc de cercle avec peu d’escalier pour y descendre. Tout le monde reste agglutiné devant ces minuscules marches et une masse de gens en parapluie m’empêchent d’avancer. Je suis donc contraint à assister au début du concert sans voir Bob qui s’égosille sur Things Have Changed. Au bout de la troisième chanson je n’en peu plus et quitte Laurette pour rejoindre le devant de la scène en espérant réussir à voir enfin les artistes. Je me retrouve dévisagé par des dizaines d’allemands en parka et parapluie qui me regarde d’un air médusé. « Désolé les mecs mais faut quand même être trop con pour rester où vous êtes sans rien voir d’autres que des parapluies de toutes les couleurs ! »
Pfiouuu enfin, je descends ces 6 marches ridicules et une grande fosse à moitié vide s’offre à moi, Alléluia !!! Le groupe est là à se prendre des rafales de vent dans la gueule quand Bob se cache derrière son piano qui reçoit lui aussi des gouttes, à un moment j’imagine le concert s’arrêter là, car ça pue vraiment et un immense nuage gris violacé s’engage au dessus de nous. L’orage gronde au loin et je me retrouve trempé comme jamais lors d’un concert, le sac à dos aussi, toutes mes affaires baignent dans une eau qui doit sentir bon mes chaussettes. Bref, c’est la merde mais je suis bien placé et le Band ne se dégonfle pas.

  • Things Have Changed
  • She Belongs To Me
  • Beyond Here Lies Nothin’
  • Workingman’s Blues #2
  • Duquesne Whistle
  • Waiting For You
  • Pay In Blood
  • Where Are You?
  • Tangled Up In Blue
  • To Ramona
  • Early Roman Kings
  • Shelter From The Storm
  • Blind Willie McTell
  • Spirit On The Water
  • Desolation Row
  • Ballad Of A Thin Man
  • All Along The Watchtower

Globalement la première partie du set est identique à celle d’hier mais quand vient l’air entêtant de Donnie à la lap steel (que je reconnais en un fragment de seconde), je me demande bien ce qui nous attend.
« ’Twas in another lifetime, one of toil and blood … »
??? Je reconnais cette première phrase sans remettre le nom sur la chanson, tout mon être bouillonne, on est en train d’assister à quelque chose de nouveau mais ce n’est pas une reprise, c’est bel et bien une chanson de Bob Dylan !
Come in,” she said, “I’ll give you shelter from the storm”
!!! Bordel de merde ! Shelter From the Storm, rien que ça, interprété comme jamais auparavant. Soudain j’ai envie de crier comme en 1976 quand le public de Fort Collins dans le Colorado se retrouvait lui aussi détrempé sous une tempête venue de l’au delà, avec Dylan qui les invitait à le rejoindre dans son « abris contre l’orage ». A ce moment précis j’ai envie de chialer. Mais je me retiens car tout se passe très vite, la chanson est d’une justesse inouïe, inégalée, et le barde nous protège du reste du monde. Sur le moment j’imagine la chanson partir en une espèce de reggae totalement improvisé comme il pouvait le faire en 1978. Cette chanson a traversé les décennies et reste pour moi l’une de mes favorites tant le texte est énigmatique. Et ce soir à Tubingen, trempé jusqu’aux os, loin de chez moi, je ne voudrais être nulle part ailleurs… la récompense d’un long voyage improvisé. Et la providence d’entendre cette chanson en particulier, la tempête hurlante tout autour de nous. Je retiendrai cet instant toute ma vie, et c’est exactement pour ce genre de surprise que je pars sur les Routes.
Alors bon après ça, on est quelque peu chamboulé et heureusement que le vieux Willie McTell nous secoue la paillasse pour terminer sur un concert en apothéose malgré un public réservé. Moi je suis aux anges, ne sachant plus où je me trouve, totalement déboussolé après le concert, je rejoins mon amie Laurette qui s’est mise sous un arbre, trempé elle aussi. « Où est ce que tu vas dormir Ben ? » « Je n’en sais rien, j’ai une tente je vais essayer d’aller me planquer derrière le parc » « attend j’appelle ma couch surfeuse » c’est comme ça que « soon after midnight », je me retrouve chez un couple d’allemand inconnu, charmant de m’accueillir, moi et mon sac à dos qui dégouline quand je rentre dans le petit appartement. Je tente de sécher ce que je peux dans leur baignoire sans faire de bruit et m’allonge, épuisé à côté de Laurette qui aura été mon deuxième ange gardien de la soirée.

Le lendemain je remercie une nouvelle fois le couple qui part travailler et nous en profitons pour rejoindre la gare. J’offre un café brûlant à Laurette, elle suit une autre direction que la mienne puisqu’elle continue, fidèlement, son chemin sur les pas de Dylan. Je la remercie affectueusement et lui souhaite bonne chance pour les prochaines dates, je la retrouverais à St Malo du Bois en Vendée dans 2 semaines.

C’est le sourire aux lèvres que je prends cette fois ci mon billet pour Strasbourg, heureux de rentrer au bercail, mon beauf sous le bras pour retrouver la douceur angevine.

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